L'Agriculteur Charentais 18 avril 2013 à 15h30 | Par Bernard Aumailley

Agriculture biologique - Le chemin de l'agro-écologie passerait par la bio

La fédération nationale de l'agriculture biologique tenait son assemblée générale à La Rochelle et a dialogué sur les moyens de parvenir à l'agro-écologie chère à Le Foll.

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La salle de l'assemblée générale à la Rochelle
La salle de l'assemblée générale à la Rochelle - © FNAB

Le plan bio, faut-il utiliser le niveau régional ou national ? C’est l’entrée de débat qu’avait choisie la FNAB, en congrès à la Rochelle, la semaine dernière. Dans les faits, le thème choisi était «l’agriculture biologique, un levier pour la transition écologique et sociale de l’agriculture.» Dans la mesure où le dialogue devait être avec le ministre de l’Agriculture, la chose promettait. Stéphane Le Foll est resté parisien. Le débat tournait alors avec les acteurs régionaux, dont Benoît Biteau, vice-président de la région. Guillaume Riou, rebondissait sur la proposition de Stéphane Le Foll en février dernier : «mettre en liens sur les territoires, dans les producteurs, les transformateurs, les distributeurs, les consommateurs pour la bio, mais aussi pour toute l’agriculture. L’enjeu regagner notre souveraineté alimentaire…française.» Le président d’Agrobio Poitou Charentes lançait : «à quand un beurre bio AOC en Poitou Charentes ?» Pavé dans la mare ou vraie problématique ? Le vice-président de la Région veut parler avant tout de «la dynamique de Ségolène Royal» sur la bio : «la réponse est dans un seul mot : volonté. N’allons pas chercher loin ! En pleine grande catastrophe laitière régionale, on a voulu jouer le crapeau qui veut être plus gros que le bœuf. Aujourd’hui, les centres de décisions locaux n’existent plus.» Il parle de «suicide collectif.» Il a dressé à grands traits sur les «efforts» de la Région sur le bio. «L’agriculture n’est pas de la compétence de la Région, mais le développement économique, oui.» Le Poitou Charentes compte 830 producteurs bio qui cultivent près de 42 000 ha (2,5 %). Le nombre de producteurs bio a augmenté de 90 % entre 2007 et 2012 et la surface plus que doublé. La transformation bio, dont le silo bio de Saint Jean d’Angély est le fleuron, avec la Corab, est sur la même tendance haussière.

Le Poitou Charentes est au onzième rang de la transformation industrielle bio. Benoît Biteau revient sur les 660 M€ versés par la PAC et compare avec le programme Ressources (0,9 K€ de la Région) pour «retirer des molécules via des modèles agricoles différents.» Resurgit donc la thématique de la «régionalisation de la PAC» et celle d’une agriculture trop liée au pétrole : «comment sur ce modèle fondé sur le pétrole, lorsqu’il n’y en aura plus, nourrir 9 milliards de personnes ?» Discours récurent, mais  avec une idée neuve : «porter des politiques préventives.» Prévenir plutôt que guérir. «Si demain on engage les 10 milliards d’euros pour accompagner un modèle d’euros ? Il faut de l’audace. Simplement.»
La voie majeureStéphanie Pageot, nouvelle présidente, insiste que le projet «d’agro-écologie» promue par le ministre peut transiter par la bio : «Nous sommes prêts à être le fer de lance de l’agro-écologie. Est-ce que le ministre est prêt à nous soutenir dans cette démarche ?» Une position qui vient recadrer les désirs de Stéphane Le Foll sur l’agro-écologie au moment où il lance sa «consultation.» «L’agro-écologie ne va pas éclipser la bio, dont le ministère entend soutenir le développement,» a assuré Luc Maurer, conseiller technique de Stéphane Le Foll, en clôture de cette assemblée générale de la Fnab.  Il précisait  par là même les lignes du futur plan bio présenté en juin (2013-2017) : «L’agriculture bio est pionnière, elle arrive à une phase de maturité. On va l’aider à diffuser, et on va appuyer son rôle moteur, son effet levier dans le cadre de l’agro-écologie.» Pour développer la production, axe fort du futur plan, et dans l’objectif de doubler les surfaces en agriculture bio en 2017 par rapport à fin 2012, les mesures agro-environnementales (MAE) liées à la politique agricole commune vont être retravaillées. Un groupe de travail a d’ailleurs été mis en place le 2 avril pour plancher sur le cadre national des MaE pour la prochaine programmation. Les MAE «seront développées par rapport à la programmation actuelle, notamment pour qu’elles puissent appuyer des enjeux ciblés» tels que la protection des captages d’eau potable. Dans «la boîte à outils» du ministre, des  garanties bancaires pour accompagner les agriculteurs, que mettent en place certaines collectivités.  
Sensibiliser tous azimutsEn ce sens, le fonds avenir bio devrait être renforcé et voir sa gouvernance élargie. Côté consommation, le ministère a réaffirmé l’objectif - déjà posé par le grenelle, mais loin d’être atteint - de 20% de bio dans la commande publique de la restauration collective d’Etat. Le ministère cherchera les moyens de faciliter la commande publique. Pour développer la demande, le ministère envisage la sensibilisation, notamment des jeunes et l’exportation de certains secteurs bio.Au cours de cette assemblée générale, on a aussi parlé de recherche en bio, du nouveau partenariat avec les Chambres d’agriculture, de référentiels pédagogiques dans la formation initiale. En termes de gouvernance, le ministère retiendra des consultations régionales menées depuis plusieurs mois, l’idée, entre autres, de créer une animation régionale de la bio, associant tous les acteurs avec le principe d’un co-pilotage Etat-région, «et peut-être l’idée que progressivement chaque région mette en place des programmes régionaux pour la bio en écho au programme national». Stéphanie Pageot concluait : «c’est maintenant !» En outre, le futur plan bio pourrait gagner en transversalité pour la période 2013-2017, en impliquant davantage les ministères de la santé, de l’Education, de l’Ecologie, ainsi que de l’Economie sociale et solidaire.

Stéphanie Pageot
Stéphanie Pageot - © FNAB

C'est une première et c'est à la Rochelle que cela a eu lieu. L’Assemblée générale des 9 et 10 avril de la Fédération Nationale de l'Agriculture Biologique des Régions de France a élu son nouveau conseil d’administration et par là même une nouvelle présidente, Stéphanie Pageot. Elue à l’unanimité, Stéphanie Pageot est la première femme présidente du mouvement des paysans bio créé en 1978. Elle succède au Charentais-maritime Dominique Marion qui le fut donc de 2009 à 2012. A 41 ans, vosgienne, ingénieure en agriculture, installée en GAEC depuis 98 en Loire Atlantique sur de la production laitière (160 ha, 300 000 l de lait), elle a tenu à rappeler les orientations du mouvement des paysans bio : «l’agriculture biologique est l’expression la plus aboutie et performante de l’agro-écologie et s’inscrit donc pleinement dans le projet de mandature du ministre de l’agriculture. Les paysans bio d’hier, d’aujourd’hui et de demain sont des agriculteurs innovants, créateurs d’emplois et d’activités, et qui participent concrètement à la transition écologique et sociale l’agriculture.» Souhaitant une «évolution» rapide du paysage institutionnel, elle affirme que le mouvement «a su être là auprès des paysans, et toujours là, dans les moments de croissance comme de doutes, quand personne d’autre ne voulait accompagner les paysans et structurer les filières.» Le défi : accueillir les 50 000 paysans bio dans quelques années. «Nous nous réjouissons de la volonté affichée du réseau des Chambres d’agriculture de relever le défi et nous réitérons notre souhait d’un accord cadre national pour mettre en synergie nos forces respectives dans un souci d’efficacité de l’action publique.» Prochaine étape, rencontre avec Stéphane Le Foll, qui était attendu à La Rochelle, mais n'est en définitive pas venu.

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Le chiffre de la semaine
444 M€
444 millions d’euros qui avaient été prélevés sur les paiements directs de la PAC, en prévision de la réserve de crise pour 2018, vont être remboursés aux agriculteurs européens, a annoncé la Commission européenne fin novembre.

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