L'Agriculteur Charentais 20 juin 2013 à 11h47 | Par Bernard Aumailley

Anciens exploitants - Des inactifs bien actifs pour ne pas avoir que des miettes

Avoir l'égalité de traitement avec les autres catégories socio-professionnelles, un leitmotiv qu'argumente la section FNSEA 17.

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L’ assemblée générale a rendu un vibrant hommage au travail accompli par Bernard Bataille, le secrétaire général.
L’ assemblée générale a rendu un vibrant hommage au travail accompli par Bernard Bataille, le secrétaire général. - © A-C

Voir, juger, agir. Trois lignes de conduite que Michel Pelletier, le «nouveau» président de la section des anciens exploitants de la FNSEA 17, instille dans toutes les actions et les commissions de cette section. «Nous avons appris cela quand nous étions jeunes agriculteurs». Petit rappel de leur engagement syndical vieux de quelques lustres. Alors il applique : deux élus à la Chambre d'agriculture (60 % des voix), une satisfaction avec la complémentaire santé Radiance, la convention, fruit d'un partenariat avec la MSA. Voir, juger, agir. Et lorsqu'il regarde l'avenir : en 2050, l'espérance de vie sera de 88 ans. Elle est de 81 ans aujourd'hui. Elle était de 66 ans en 1950. En 2050, 1,4 actif cotisera pour un inactif et l'espérance de vie à l'âge effectif de la retraite sera de 25 ans. Au moment où se décide une nouvelle donne pour le financement des retraites, Michel Pelletier envisage une «baisse du pouvoir d'achat» des retraités. Mais il ne peut s'empêcher de comparer entre régimes des fonctionnaires et secteur privé. «Pour nous les agriculteurs, ce sont les 25 dernières années (bonnes ou mauvaises) et le montant moyen des non-salariés est de 416 € par mois et pour les chefs d'exploitation à carrière complète est de 810 € par mois. Pour les conjointes, c'est environ les deux-tiers.» Il ajoute : «force est de constater les inégalités de traitement des citoyens en fonction des catégories et des régimes sociaux.» Il parle de «bases équitables» : «malgré les avancées significatives, grâce à nos actions syndicales, le compte n'y est pas au niveau de nos retraites.» Il demande l'application de la loi Fillon. Dix ans d'attente. Vaine. «Une retraite normale avec un président normal» ironise-t-il. «Que nous ayons dans l'immédiat 75 % du SMIC conformément à 2002 pour atteindre avant la fin du quinquennat 85 %... comme les autres salariés.» Pas question d'une application de la loi pour certains et pas d'autres. «Il est choquant de constater l'inégalité et l'iniquité de traitement à notre égard, alors que les agriculteurs ont contribué et contribuent largement au développement économique de notre pays.» Et d'envisager le recours à une question préjudicielle à la Cour de Justice européenne. C'est dans la continuité des «miettes»* qui pourrait voir décerner «les miettes d'or» pour cibler cette aberration. Et il faut la pugnacité de Lucienne Gratadoux pour pointer les «attaques» sur le mélange patrimoine et retraite, plutôt hostile au milieu paysan. Elle annonçait : «aujourd'hui, le minimum retraite est de 672 € pour les chefs d'exploitations et les veuves et de 534 € pour les conjoints avec un plafond de 841 €. Le minimum vieillesse est à 777€. le minimum retraite agricole n'a pas suivi le même parcours.» Une des motions votée lors de cette assemblée générale, demande l'application immédiate de la loi 2002. c'est sans parler des revendications, toujours sans suite, sur la retraite complémentaire.

Une vie durant...
Le montant de la retraite est une chose, la fiscalité du patrimoine en est une autre. Joël Bessaguet piste : baisse des niches fiscales pour les équipements, nouvelle règle sur les successions, nouveau barème pour les donations, réforme de l'assurance-vie constituent des éléments pour «rogner» les placements que les agriculteurs ont fait antérieurement. Il lie cela à la forte participation des retraités aux votes. Selon Michel Pelletier, «l'épargne fait partie de la gestion en bon père de famille dans le but d'assurer ses vieux jours, afin de ne pas être à la charge de ses enfants ou de la société. » Et dans «l'attente», car maintes fois repoussée, une loi sur la dépendance pose aussi la politique de santé dans les territoires. Comme le soulignait Michel Giraudeau : «il est inacceptable que la réforme de la dépendance puisse se faire à enveloppe budgétaire constante, comme peuvent le laisser entendre certaines déclarations. » Sa solution pour privilégier la prévention de la dépendance : une bonne retraite. On y revient. Les nouveaux parcours de santé, les PAERPA, pourraient être une voie et seront expérimentés. La section des anciens y regarde de près. Autant qu'elle suit l'avenir des caisses de MSA. 

Au cœur d'une agriculture dynamique
Et lorsque les anciens regardent le présent, ils ne peuvent s'empêcher de déceler dans la «complexification» croissante, dans «l'exagération du principe de précaution», des surcoûts. «D'un plan global, n'assistons-nous pas trop souvent à une fuite en avant qui privilégie le mouvement et le changement à tout prix au détriment des finalités ?» lançait Michel Pelletier, qui prend des accents de président de JA : «la continuité dans l'action, voilà le combat que nous entendons mener dans l'esprit d'une meilleure défense de nos adhérents, mais aussi des agriculteurs en général, car nous voulons une agriculture dynamique et vivante, facteur d'équilibre et nos territoires.» Un élan que ne renie en rien le secrétaire général Bernard Bataille : voir, juger, agir.

*Action qui visait à symboliser la petitesse des retraites en envoyant des miettes à la Présidence de la République

- © A-C

Transmission-Installation
La valeur des années

L'idée pourrait sembler hors sujet. Elle ne l'est pas. Et lorsqu'un ancien président de JA (encore) devenu retraité (lui aussi), parle de l'installation devant un parterre d'anciens exploitants, la chose ne paraît pas si saugrenue qu'elle en a l'air. Jean-Claude Courpron a pris à bras-le-corps l'idée récente d'installer une commission au sein de la section pour traiter de la transmission et de l'installation. «Nous, anciens avec notre expérience et notre sagesse (Jean-Claude!) que pouvons-nous faire pour que notre milieu rural ne perde pas sa saveur ?» La page n'est pas si aisément tournée à la prise de retraite. 200 installations dans les années 70, 25 à 50 aujourd'hui. Face au constat qu'il a dressé devant les retraités, sans le coup de pouce qu'avait connu en son temps l'IVD, il manque selon lui un «outil de pilotage.» La montée des travaux réalisés par l'entreprise conduit à une «autre configuration» de l'agriculture. Il ne condamne pas. Il constate. On s'installe plus souvent en société, meilleure garantie en cas de difficultés. A l'opposé de ce qu'ils ont connu : l'entreprise familiale, sans reconnaissance du statut de la conjointe. «Le même joug» s'amuse-t-il à caricaturer. Les travaux de cette commission conduisent à dire tout le bien des fermages, «bon moyen d'installer des  jeunes», mais «les bailleurs craignent souvent de ne plus être maître de leur propriété» : «ce n'est pas un problème nouveau. Il nous faut s’interroger sur les moyens à mettre en œuvre pour satisfaire au mieux les intérêts de tous.» Il lance l'idée auprès de ses «collègues pas complètement vermoulus» d'aider les jeunes, «fort de l'expérience pour imaginer le monde agricole et rural de demain sans subir le poids des technocrates de tous bords qui veulent décider pour nous.»      B.A.

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