L'Agriculteur Charentais 30 mai 2013 à 17h12 | Par Bernard Aumailley

Assemblée générale de la FNSEA 17 - Les rameurs défensifs du syndicalisme

Que faire des contraintes environnementales ? Le syndicalisme majoritaire plaide pour intoduire plus de pragmatisme dans la gestion des dossiers agri-environnementaux.

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Pascal Ferey, invité de cete assemblée générale de la FNSEA 17, mardi 28 mai à Saintes.
Pascal Ferey, invité de cete assemblée générale de la FNSEA 17, mardi 28 mai à Saintes. - © AC

C’est la partie visible de l’iceberg syndical, outre les poussées d’adrénaline de quelques manifestations qui ponctuent la vie du syndicat agricole : l’assemblée générale de la FNSEA 17 remonte à la surface tout ce qui a pu être prises de position, colères, dossiers, réunions, acquis et revendications. Et ils sont légion. Une longue liste qu’égrène chaque section syndicale de la FNSEA 17. Qu’il s’agisse de Brice Besson, à la colère rentrée sur les impasses techniques imposées par une administration tatillonne ou l’humour pince sans rire de Michel Amblard sur l’imbroglio administratif du statut du fermage passé aux fourches caudines des technocrates ou bien encore l’appel de Patrice Rinjonneau sur la défense de l’irrigation «source de richesse» sans voir poindre aucune solution alternative. Faut-il encore citer la fougue des anciens par la voix de Michel Pelletier pour avoir plus de «miettes» comme retraite. Il faut aussi relever l’intervention de Jean-Louis Pierrois sur la filière lait, la «sinistrée de l’année» où selon lui règne toujours «le flou complet et rien de concret.» Il soulignait, comme tous les intervenants, que «le syndicalisme peut être une force de proposition» pour «enrayer la spirale infernale de la cessation laitière.» Et de citer un chiffre inquiétant : 8 ML de lait en cessation laitière cette année, le double de l’an dernier. Là aussi la partie visible de l’iceberg (qui coule) de la filière lait de vache. Déboulonnage de la filière caprine et lait de chèvre, comme le démontrait James Guionnet. Marchés perdus et coût de production de la filière bovine comme l’analysait Bernard Dubois. Il lançait : «MM et Mmes les élus et les pouvoirs publics (Mme la préfète présente écoutait) : prenez les bonnes décisions sur la future PAC dans l’optique de l’élevage !» Bernard Bolleau réclamait que la pression syndicale se maintienne pour que la hausse promise sur le prix du lait aille vraiment aux producteurs.
C’est cette «voix»-là que la centaine d’élus syndicaux, présents ce mardi à Saintes, voulaient faire entendre. Loin d’être des gesticulations vaines, ces interventions tentaient de donner corps à la partie invisible du «boulot du syndicalisme», qui suit pas à pas, au quotidien, «les coups de butoir» contre le métier où s’empilent règlements sur règlements. Thème transversal de cette assemblée générale qui en agace plus d’un.

Faire entendre sa voix
«Après le coup de gueule lors de notre dernière AG sur les problèmes environnementaux, nous avons le sentiment d’être encore plus sanctionnés. Nous souhaitons que nos efforts soient reconnus et ensuite nous pourrons nous inscrire dans des programmes d’actions volontaires» lançait le secrétaire général Jean Jacques Gaucher. Trop, c’est trop, calment-ils depuis longtemps. Lassés «d’éplucher les codes rural et d’urbanisme, les études d’impact, les délais d’instruction», ils veulent changer de paradigme : l’administration doit comprendre que la protection de l’environnement ne peut s’envisager que dans un climat de confiance avec les agriculteurs. Ligne directrice de la FNSEA 17 : s’opposer et insuffler un sens pratique «pour contrer le sens bureaucratique.» Idem sur le foncier agricole : «la position syndicale est parfois difficile à tenir, face à la pression de l’administration et des collectivités, mais elle est nécessaire pour infléchir la constitution de terres support de productions agricoles.» C’est cette thématique que Pascal Ferey, vice-président de la FNSEA, développait, confortant les militants syndicaux agricoles dans le maintien de la «pression syndicale» face au rouleau compresseur éco-technocrate. Béatrice Abollivier indiquait qu’une proposition de 128 simplifications avait été transmise : «l’administration elle-même s’y penche.» Dans le chantier de la réforme du droit à l’environnement doit toiletter l’empilement pour «éviter l’inertie» : «nous, services de l’Etat, ne pouvons-nous pas nous exempter des procédures.» Elle annonce des «expérimentations» dans le sens de la simplification sur le droit de l’environnement. Contribution à alléger le poids du rouleau compresseur. «A la lecture, on semble croire que la solution d’un problème passe par une nouvelle réglementation. C’est l’inflation et on ne s’y retrouve plus et les entrepreneurs se découragent. Il y a nécessité de revoir le système.» Elelfaisait réfernce à la lettre de Jean Marc Ayrault  qui demandait en avril dernier à ‘adminstration «d’utiliser toutes les marges de manoeuvre autorisées par les textes et en délivrent une interprétation facilitatrice pour simplifier et accélérer la mise en oeuvre des projets publics ou privés.» La préfète invitait aussi chacun à s’exprimer sur la consultation actuelle sur la réforme du code de l’environnement.
Bernard Aumailley

Pascal Ferey
Pascal Ferey - © AC

Lancé par Jean-Jacques Gaucher, le thème de l’empilement anti-productif sur l’environnement a «inspiré» Pascal Ferey, vice-président de la FNSEA. Tout en soulignant qu’aujourd’hui la PAC ne répond pas aux attentes des agriculteurs français, «ni même de l’agriculture», il estime aujourd’hui que «l’ensemble du territoire est couvert de contraintes» : «il faut entrer dans l’ère de la raison !» lançait-il.  Favorable sur les principes du Grenelle 1, il critique la boulimie du Grenelle 2. Fustigeant la puissance des Dreal, Pascal Ferey estime que le syndicalisme est pleinement dans son rôle quand il conteste l’arbitraire des décisions de la Dreal. Selon François Avrard, l’environnement est un «sujet qui fait consensus entre tous les paysans, quelle que soit leur sensibilité.» Il appelait à une année blanche pour 2013 sur la conditionnalité, refusait les extensions prévues des zones vulnérables, les mesures nationales inadéquates sur les programmes d’action nitrates «du pragmatisme ! Que du pragmatisme !», demandait la levée des freins sur les stockages d’eau, de vraies «solutions sur la protection des cultures», que le droit français soit applicable pour le drainage et que cesse le délire dans la réfection réglementaire autour des digues. Il trouvait écho chez Pascal Ferey : «aujourd’hui on est passé à l’extrême !» Le biais du durcissement de la réglementation «est onéreux» : «remettons du pragmatisme, de l’intelligence dans ces dossiers !» La terre est enlevée à sa vocation de production : «les impasses techniques conduiront la France à perdre des parts de marché.» Il trouve dans le «combat syndical» et les bons chiffres aux élections, un encouragement à ne pas lâcher prise.
Bernard Aumailley


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Le chiffre de la semaine
444 M€
444 millions d’euros qui avaient été prélevés sur les paiements directs de la PAC, en prévision de la réserve de crise pour 2018, vont être remboursés aux agriculteurs européens, a annoncé la Commission européenne fin novembre.

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