L'Agriculteur Charentais 22 mars 2013 à 18h49 | Par Cyrielle DELISLE

AZOTE - Le rôle de l'élevage dans les flux azotés

L'Inra a réalisé une expertise scientifique collective afin d'établir un bilan des connaissances sur la problématique de l'azote associés aux activités d'élevage.

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«L'élevage est à la fois consommateur d'azote via l'alimentation animale et fournisseur d'azote au travers des déjections. Le rôle de l'élevage dans ces flux est aujourd'hui à l'origine de préoccupations croissantes (compétitivité des filières européennes, impacts des émissions azotées sur l'environnement et la santé)», commence Jean-Louis Peyraud, de l'Inra. Aussi, afin de cerner le rôle de l'élevage dans les pollutions liées à l'azote et d'identifier les leviers permettant de réduire les pressions de l'azote sur l'environnement, les ministères français en charge de l'Agriculture et de l'Ecologie ont sollicité l'Inra pour dresser un bilan de l'état des connaissances scientifiques sur les flux d'azote en élevages et leur devenir (ce qui n'a jamais fait l'objet d'une évaluation spécifique). Les premiers résultats de cette expertise scientifique collective ont été présentés lors des journées Rencontres Recherches Ruminants à Paris.
Améliorer la connaissance de la dynamique de l'azote
Améliorer la connaissance de la dynamique de l'azote - © J-C Gutner
Des bilans variables selon les régions
La contribution de l'élevage aux émissions nationales d'azote réactif se fait sous différentes formes : NO3, NH3 et N2O. Le secteur bovin est le plus concerné par les rejets de NH3, puisqu'il représente 60% des émissions nationales d'ammoniac.
«Les apports annuels d'azote pour fertiliser les sols français sont fournis, pour un peu plus de la moitié par des engrais de synthèse, le reste par des effluents d'élevages. La pression en azote organique varie fortement selon les régions et se concentre dans les zones à forte densité animale, combinant élevages de ruminants et de monogastriques, comme dans le Grand Ouest», poursuit Jean- Louis Peyraud. La moyenne nationale des excédents d'azote (différence entre apports totaux au sol et exportations par les productions végétales) s'établit à 29 kg/ha/an. Or, dans le Grand Ouest, ces excédents dépassent les 40 à 50 kg d'azote/ha/an. Conséquence directe, les teneurs en NO3 des eaux de surface sont plus élevées à l'Ouest ou la valeur moyenne est proche de 30 mg/L, comme par exemple en Bretagne. «Avec des chargements plus faibles et une alimentation basée sur la prairie permanente, certaines régions comme le grand Massif Central, le Jura et les Alpes, ont des bilans largement inférieurs à 15 kg/ha/an. La France est donc très loin d'être homogène en termes de bilan azoté et de risques de fuites d'azote.» Bien que des améliorations considérables aient été réalisées dans la gestion de ces émissions, des progrès sont encore possibles.
Des solutions à trouver
Les leviers d'actions pour améliorer le bilan de l'azote sont de plusieurs ordres, technique, organisationnel et économique. Du côté de l'animal, les marges de manoeuvre semblent limitées. Chez les ruminants, l'efficience de l'azote est faible et une grande partie de l'azote ingérée est restituée dans les déjections. On note toutefois une différence si, au niveau de l'alimentation, les plantes fourragères naturellement pauvres en azote comme le maïs ensilage sont favorisées. La réduction de la dégradabilité des protéines concentrées reste un enjeu. «L'optimisation de tous les maillons de la chaîne de gestion des effluents reste une voie majeure de progrès, pour mieux utiliser l'azote.» En effet, selon les modalités mises en oeuvre, cette gestion présente des risques importants de pertes d'azote (variation de 20 à 75 %). «Des techniques sont d'ores et déjà disponibles pour limiter les émissions au stockage et à l'épandage, comme la couverture des fosses à lisier ou la réduction de la surface de l'enceinte par unité de volume, ou encore l'enfouissement. Le traitement des effluents offre également des leviers d'actions : séparation de phase, compostage, utilisation d'inhibiteurs de nitrification lors de l'application des lisiers... », poursuit le spécialiste.
Les chercheurs de l'Inra notent que la prévision de la valeur fertilisante serait un préalable nécessaire pour réduire les pertes. D'un point de vue organisationnel, la gestion des rotations culturales et assolements participe également à l'effort de limitation des émissions. Le rôle des légumineuses et des cultures intermédiaires, pièges à nitrates, est avéré. Cependant, les éleveurs et leurs conseillers ont besoin d'outils pour le pilotage de l'azote et établir un diagnostic à l'échelle de l'exploitation. D'autres pistes d'améliorations peuvent également être envisagées à l'échelle des territoires, telles que le transfert d'azote entre élevages et exploitations céréalières pour limiter l'apport d'engrais minéraux, les aménagements paysagers... «Des solutions existent, cependant des travaux de recherche seront encore indispensables pour répondre aux interrogations qui subsistent.»

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Le chiffre de la semaine
- 10 %
Malgré une superficie de culture de pommes de terre en hausse de 5 000 hectares en France cette année, la production a reculé de 9,6%, à 5,85 millions de tonnes, contre 6, 47 millions l’an dernier La production a fortement baissé en Picardie (-10,6%), dans le Nord Pas de Calais (-11,6%), en Alsace (-19,9%) et surtout en Haute Normandie (-25,9%). Ces chiffres concernent la pomme de terre dite de conservation, c’est-et pomme de terre industrielle.

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