L'Agriculteur Charentais 10 avril 2013 à 19h05 | Par Elisabeth HERSAND

Caprin - Recherche-Développement - LE POITOU-CHARENTES SE DOTE D’UN OUTIL EXPÉRIMENTAL CAPRIN

Alors que la conjoncture est loin d’être favorable aux éleveurs caprins, l’INRA s’apprête à inaugurer un dispositif expérimental, dans la Vienne, baptisé Patuchev.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Le plan de la station Patuchev.
Le plan de la station Patuchev. - © Vienne Rurale

«L’objectif n’est pas vraiment de faire plus de lait. Même si on en fait moins, ce n’est pas grave... du moment qu’il nous coûte moins cher à produire!» lance Philippe Guillouet, directeur de l’unité Patuchev. Depuis l’automne dernier, l’INRA de Lusignan a mis en place ce tout nouveau dispositif expérimental, sur sa station de Verrines. À quelques mètres de la chèvrerie déjà existante, un nouveau bâtiment a été installé (1). À l’intérieur, trois lots de 60 chèvres Alpines font l’objet de toutes les attentions des 6 techniciens animaliers, et d’un ingénieur, Hugues Caillat. «Nous souhaitons imaginer et évaluer des compromis entre productivité, environnement et charge de travail» lance le responsable scientifique de la plateforme. Chaque lot fera l’objet d’une conduite différente : un troupeau avec une période de reproduction saisonnée et mis au pâturage, un second en contre saison et également mis au pâturage, et un troisième en contre-saison conduit en chèvrerie. Chacun des trois lots est installé dans un bâtiment d’une forme assez surprenante. «Puisque nous avons trois lots de chèvres, il faut que ces différents lots soient dans les mêmes conditions, et nous ne pouvions donc pas imaginer une toiture en biais, qui ferait que le volume d’air sur les côtés serait différent, et les chèvres n’auraient donc pas été dans les mêmes conditions.» Le toit du bâtiment est composé de trois pentes successives, placées de façon perpendiculaire à l’alignement des lots de chèvres, et équipé de nombreuses ouvertures vitrées, qui permettent de limiter l’éclairage. Face à chaque ligne qui correspond à un des lots, des cellules de séchage ont été installées dans le batiment séchoir (2). «Le toit qui se situe au-dessus du séchoir a été orienté au sud, et est de couleur noire, afin de capter le maximum de chaleur » détaille Hugues Caillat. Dans une première salle, attenante aux 6 cellules de séchage (deux pour chacun des 3 lots de chèvres), des ventilateurs ont été installés, pour ventiler l’air chaud emmagasiné grâce au toit. Au final, la seule électricité utilisée pour sécher le foin sera celle des ventilateurs. «Nous disposons d’un compteur pour chacune des trois lignes de ventilateurs et cellules. Chaque ligne correspond à un lot de chèvres». Les groupes de chèvres sont ensuite nourris uniquement avec les 10 ha de prairies (3) qui leur sont attribuées (en pâturage ou coupe). Le lisier de chaque lot, une fois composté (4), est épandu sur les terres correspondantes. Au final, c’est donc trois élevages qui sont conduits de façon totalement parallèle.

Des prairies au contenu varié

Dans les 30 hectares de prairies (10 par lot), les mélanges semés sont différents. Pour le groupe qui reste en bâtiment, la prairie est à 50 % composée de légumineuses (luzerne, lotier, sainfoin) et 50 % de graminées (fléole, fétuque et brome). Pour les deux autres lots, au pâturage, il a bien sûr fallu introduire des plantes qui permettent de lutter contre les parasites gastro-intestinaux, auxquels ces animaux seront forcément exposés. Deux mélanges ont été définis : un pour le pâturage, avec 75 % de légumineuses (luzerne, lotier, trèfle violet, trèfle blanc et coronille bigarrée) et 25 % de graminées ( fétuque, brome), et un second destiné à être fauché (même composition sans le trèfle violet, et avec de la fléole). Le desaisonnement des deux lots concernés est assuré par des programmes lumineux (via des rampes de néons qui peuvent être baissés ou remontées, selon les besoins), et la synchronisation par effets mâle. La station dispose de 12 boucs (4 pour chaque lot), qui sont isolés dans un bâtiment situé à une dizaine de mètres du bâtiment des chèvres. Si le travail a déjà débuté au sein de la plateforme, il faudra attendre au moins 3 ans pour tirer les premières leçons et voir quelles solutions permettent de maîtriser au mieux les coûts de production, tout en favorisant la biodiversité. Au fil de l’expérimentation, des enseignements seront transmis à la profession. «Nous avons déjà eu beaucoup de visites d’éleveurs, ou de structures de formations, et nos portes restent bien sûr ouvertes à la profession» précise Philippe Guillouet, avant d’ajouter que les demandes sont d’ores et déjà importantes.

Le foin est mis en place par ce chargeur dans les cellules, qui sont situées dans l’alignement des chèvres.
Le foin est mis en place par ce chargeur dans les cellules, qui sont situées dans l’alignement des chèvres. - © Vienne Rurale

UN PROJET QUI RASSEMBLE

■ Si la plateforme a été mise en place par l’INRA Lusignan, elle a également été soutenue financièrement par l’Union Européenne, l’Etat et la région Poitou-Charentes. Côté scientifique, Patuchev a dès sa conception associé à la réflexion les partenaires professionnels de la filière caprine. La plateforme est également partenaire du réseau d’excellence caprin (REXcap), et s’inscrit en synergie et complémentarité avec le réseau d’expérimentation caprin (REDcap).

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. l'Agriculteur Charentais se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves du journal
Prochaine brève

8 brève(s) » voir toutes

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

Le chiffre de la semaine
Entre 35 et 37,26 Mt
Les cabinets ODA et Agritel ont chiffré le 6 juillet la récolte de blé à respectivement 35 Mt et 37,26 Mt cette année en France, touchée par les intempéries au printemps. Si une baisse de volume est annoncée, la prudence reste de mise sur le plan qualitatif.

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui