L'Agriculteur Charentais 13 novembre 2014 à 08h00 | Par Bernard Aumailley

Charentes qui les attachent

La maison d'édition charentaise, Le Croît vif, fête son quart de siècle. 280 titres, des succès, une vraie identité, une ligne éditoriale soutenue

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François Julien Labruyère
François Julien Labruyère - © AC17

Etre de là. Trouver là l'enracinement, l'énergie, le calme. Ici et pas ailleurs.  Proposer à 130 auteurs de dire leur attachement aux Charentes, c'est ouvrir la boite de Pandore, accentuer la «charentitude», rabattre la diaspora sur ses terres natales ou familiales. D'Eric Fotorino à Monseigneur Dagens, de Pierre Henri Simon à Madeleine Chapsal, de François Pairault à Pierre Jean Rémy, écrivains, hommes politiques, journalistes, poètes, peintres, illustrateurs, historiens se sont collés à la tâche de dire, d'écrire, de cerner «leur» Charente (s).  Tous rangent la problématique du rattachement régional au Nord ou au Sud, au rayon anecdote, épiphénomène. François Julien Labruyère, créateur et artisan patient de l'édition régionale, scrutateur des évolutions du monde charentais au fil des siècles, découvreur de talents, avec la complicité d'un Pierre Dumousseau, conteur, porte un regard tendre sur cet attachement. Il voulait, il y a 25 ans, forcir l'identité charentaise. 280 ouvrages plus tard, plus d'une centaine d'auteurs se plient à l'exercice d'écrire ce qui les lie à cette terre, à ces gens, à ces coutumes, à leurs moeurs. «L'apparition et la généralisation assez rapide de la notion «charentais» datent de la crise phylloxérique» analyse François Julien Labruyère. Suivront des structures de sortie de crise, commune aux deux départements, la presse, la carte météo : «on peut se moquer des rites régionalistes, il n'en est pas moins vrai que s'y exprime une sensibilité assez largement partagée, façonnée par une communauté de culture au sein de laquelle on se sent tout simplement à son aise d'être «charentais» poursuit-il.  Des auteurs puisent dans leur passé, remuent les images anciennes des Charentes de jadis. Remontent à la surface les souvenirs d'enfance. Certains contemplent qui de la lumière, qui de la blancheur légèrement ocre des pierres éponymes. D'autres encore laissent courir leur imagination le long du fleuve tranquille. Eponyme aussi. Finie l'inférieure et la «tout court», on s'arrange du pluriel, mais on ajuste la lorgnette entre littoral et Angoumois, entre insularités et Confolentais. De naissance ou d'adoption, la nature de l'attachement diffère. Inné ou acquis ? Faut-il être «lumathéquère» comme le suggère Jean Louis Mahé pour comprendre les Charentes ? Personne n'écrit un guide d'interprétation, mais quelques clés pour mieux apprécier. Figures emblématiques des Charentes, Champlain, Loti, Guitton et consorts ne rêvaient sûrement plus bel hommage à leur coin de terre. «Les Charentes comme miroir de soi se transforment en approche du caractère de leurs habitants» écrit François Julien Labruyère en parlant des académies. Un coin de terre en «harmonie» où selon Jean Mesnard, l'agrégé de lettres, fils d'agriculteurs, «la tension et la violence ne sont qu'épisodiques et où se révèle un caractère mesuré, tempéré, qui fait le meilleur de l'originalité charentaise.» Loin d'être un repli sur «son» monde, cette «Charentitude» a fait des générations d'innovateurs et de conquérants. Peut-être parce que la quiétude des eaux du fleuve, qui traverse ce territoire bien spécial, se jette dans le vaste Océan. Un beau cadeau de Noël pour tous les... Charentais et les immigrés qui veulent «intégrer» cette terre et l'offrir en partage.

«Ces Charentes auxquelles on s'attache» Ed Croît vif. 22EUR.

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La Turquie importe, notamment de la viande bovine (80 % sous forme de bovins maigres et 20 % en bovins finis) pour combler ses besoins sur le marché intérieur. Le pays se place ainsi au 2ème rang mondial des importateurs de bovins, juste derrière l’Union européenne (dans son ensemble). Mais la récente dévaluation de la livre turque fait ralentir ces importations. La France fournissait jusqu’ici 50 000 bovins par an, dont 20 900 broutards (partiellement issus de Poitou-Charentes).

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