L'Agriculteur Charentais 29 mars 2013 à 13h29 | Par Bernard AUMAILLEY

CHEVRES - La transformation en fromages, seule porte de salut

Il était salarié. Il est redevenu apprenti pour prendre part à la Earl et monter la fromagerie dans un élevage maintenant vieux d’un quart de siècle.

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Maryse Bouyer et Ludovic Gazengel
Maryse Bouyer et Ludovic Gazengel - © A-C

Voilà vingt ans que Maryse Bouyer exploite seule la ferme caprine de l’Angle Giraud à Saint Jean de Liversay. Affable, répondant parfois du tac au tac, à des collègues venus la visiter, elle en «connaît un rayon», selon son expression, sur les chèvres. Alors lorsqu’elle annonce que 100 % des chèvres ont été cette année inséminées, ce n’est pas pour la gloriole, mais bien plus pour dire le chemin parcouru, les biais pris dans cet élevage de 200 chèvres Saanen et 202 000 litres de référence. «Cela donne un quart des chèvres issues d’insémination » ajoute-t-elle avec un ICC de troupeau de 2,7 et un IPC troupeau de 105. «Cela porte l’âge moyen du troupeau à 3,3 ans et à 1271 l par chèvre et par an» ajoute Ludovic Gazengel. Il faut dire que depuis plus de six mois, il suit «à la trace», Maryse Bouyer, car il est devenu après un certificat de spécialisation à Melle, «apprenti-associé » chez elle.
Avec ces 95 ha «tout autour de l’exploitation », conçus pour être en autonomie au maximum, l’élevage de l’Angle Giraud, construit en 1988, cultive 61 ha en céréales et oléagineux et 34 ha en fourrages (luzerne et prairies en marais). Avec 2,5 UMO (Maryse, Ludovic et une apprentie). Les choix actuels, Maryse les explique d’abord par la pratique, ensuite par des choix : mises bas 100 % saisonnée (janvier février), recours à l’échographie 60 jours après les inséminations, mises en lots (5) par poids ou physique des chèvres. Passent à la réforme les moins de 2,5 kg par jour. «La pression de réforme est faible, car notre statut de l’élevage est bon. Il nous est donc possible de réformer de façon sévère sur la production.»
A l’angle Giraud, on élève une soixantaine de chevrettes par an sur la base d’une alimentation fondée sur une phase lactée avec du lait artificiel, et des granulés. Les «fameux» granulés dont le prix ne cesse d’augmenter et qui suscitera le débat entre les éleveurs. «Faut-il réduire drastiquement ?» Ensuite, sevrage à deux mois, lorsque les chevrettes atteignent 17 kg. La phase suivante, du sevrage à la repro : paille plus foin de marais, granulés booster junior à volonté. «C’est un choix» répète Maryse Bouyer. Elle a «adapté l’alimentation au poids». En pic de lactation, c’est 1,5 kg de foin de luzerne deux fois par jour et «la paille à volonté.» «C’est mon truc» assène Maryse Bouyer. Là aussi les discussions vont bon train sur l’utilité ou pas. De son côté Ludovic Gazengel, le projet est clair : remise ne route réussie de la fromagerie, conduite «au top» de l’élevage. En juillet prochain, il présente le projet en CDOA. Cet ex-salarié, sept ans en bovins lait et bovins céréales, avance que les «chèvres sont venues du service remplacement chez Laurent Poupard.» Tombé «amoureux des chèvres», Ludovic Gazengel montre un intérêt pour la génétique caprine. «Tout s’est fait très vite !» Reprise des parts sociales de l’Earl et développement de l’activité fromagère sont au programme de cette nouvelle association : «ce n’est pas évident. Nous n’avons pas les mêmes caractères, mais nous nous complétons.» La fromagerie a une capacité de 55 000 litres de lait transformés. L’objectif est d’en produire 35 000 en 2013 et de définir le volume transformé en fonction des choix concernant la main-d’oeuvre. «La question se pose : plus de volume avec un salarié ou moins de volume ou limité à 35 000 l sans salarié ?»

Utiliser l’acquis pour se développer

Face au contexte «difficile», il ne partage pas l’avis de ces collègues qui y voit un certain culot de l’installer aujourd’hui : «je ne me serais pas installé en bovins lait. Nous avons monté, physiquement, la fromagerie l’été dernier. J’ai beaucoup de savoir-faire à apprendre de Maryse. C’est impensable de partir de zéro. Il nous fallait son savoirfaire, sa clientèle» il calcule : sur les 10 heures quotidiennes de boulot, la fromagerie, la transformation, la vente en prend 7. «L’idée de vente-fromagerie était envisagée. Mais si tôt. Il a fallu nous rendre compte que l’atelier caprin ne pouvait pas être viable à deux, en pleine crise laitière. J’ai fait le choix de transformer ici.» L’opportunité de transformer 10 000 l de lait a induit cette option prise : «pour cette année, ce plan B est une bonne valorisation.» Ludovic Gazengel ajoute qu’il lui semble que «c’est la seule voie possible dans cette crise : valoriser sur place dans une fromagerie.» Chronophage cette option suppose une conduite différente du troupeau, «pas forcément a minima» : «c’est quand même la base. 3,9 l par chèvre, il faut maintenir ces résultats. Nous ne pourrons pas avoir davantage. Ce sera dur d’être au-dessus.» Il mise sur de bon fourrage et sur la qualité de la luzerne. «En temps et en heure…» Le choix d’autonomie marque là des points. Réparties entre Maryse Bouyer et Ludovic Gazengel, les tâches devront dans le temps passer de l’un à l’autre.

- © A-C

INSISTER SUR UNE HAUSSE DU PRIX DU LAIT

■ James Guionnet, président du syndicat caprin, dresse ainsi le bilan de 2012 : «encore une année de crise pour la filière caprine : 25 % des éleveurs en grave difficulté, explosion des charges, notamment les aliments, mauvaise qualité des fourrages 2012, encore quelques séquelles de la sécheresse 2011. Conséquence : recul de la collecte 2012 de 8 % et pour début 2013 de 14 %.» Il manque du lait et donc cela forcément influence sur le prix en 2013. «Attention à ne pas s’enflammer, nous sommes loin des 120 €/1000 litres demandés et nécessaires. » Il ne lâche pas prise : «le rouleau compresseur des GMS est dans le collimateur des éleveurs. En effet les GMS bloquent les hausses proposées qui sont pourtant vitales pour les producteurs de lait de chèvres, c’est pourquoi devant l’attitude inacceptable de ces enseignes nous avons manifesté plusieurs fois à Niort.» La GMLS destructrice du travail professionnel et interprofessionnel de la filière, il ne peut l’admettre. Revenant sur les mouvements au sein de Terra Lacta, il s’inquiétait du silence qui entoure le rapprochement. «Le président Lebret au sommet de son art a reçu les Bouses d’Or des J.A. pour l’ensemble de son oeuvre. Nous pouvons aussi lui décerner les Crottes d’Or pour l’interprétation de la loi de modernisation (paye de lait en 3 fois), du vote des sections en «vote de confiance», des comptes rendus de commissions caprines (+ ou -) arrangés.» Il a annoncé que les prochaines organisations de producteurs seraient une étape capitale à laquelle il conviait les éleveurs de prendre part et de «faire des propositions. » Il a aussi rappelé que le plan Cellules pour les éleveurs en D ou E pendant 6 mois avec prise en charge d’une partie des pénalités «peinait à démarrer.» Dans ce contexte, où les banques se montrent frileuses, la seule issue : l’augmentation du prix du lait. «Restons mobilisés, la persévérance paie toujours» lançait James Guionnet.

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Le chiffre de la semaine
80 000 téc
Selon une estimation de l’Institut de l’élevage (Idele), datée de septembre 2016, ce ne sont pas moins de 80 000 tonnes équivalents carcasses (téc) supplémentaires qui devraient arriver sur le marché européen, sur les six derniers mois de l’année de 2016 par rapport à 2015. D’après l’Idele, la hausse des tonnages abattus en France, Allemagne, Royaume-Uni, Irlande, Pays-Bas, Pologne, Belgique et Danemark, «atteindrait +30 000 téc par rapport à 2015 au 3e trimestre (soit +7%/2015) et +50 000 téc au 4e trimestre (soit +10%/2015) ».

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