L'Agriculteur Charentais 04 juillet 2013 à 10h34 | Par Bernard Aumailley

Chine - 新的国家获胜 ou le nouveau pays se mérite

Le pays est convoité. Mais comment l’approcher et le séduire avant que d’y faire des affaires dans un gagnant-gagnant. Eléments de réponse

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Jean-Pierre Raffarin, Dominique Bussereau et M. Phan Nhay, directeur de la banque de Chine à Paris.
Jean-Pierre Raffarin, Dominique Bussereau et M. Phan Nhay, directeur de la banque de Chine à Paris. - © A-C

de problème pour aller en Chine, mais pour une PME…» La question résume le défi que lançait à la mi-juin un important colloque à La Rochelle organisé conjointement par le Département et la fondation pour la prospective et l’innovation. La phrase était introductive et interrogative de Dominique Bussereau, plusieurs fois «visiteur» de ce «pays émergent» avec son comparse Jean Pierre Raffarin, sénateur et ex-premier ministre, mais surtout président de ladite fondation. Ils comptent plusieurs dizaines de voyages à leur actif et surtout des centaines de rencontres avec «les autorités chinoises.» Et c’est avec autant de brio, sans ambages, que Jean-Pierre Raffarin a dressé le contour des relations franco-chinoises, distancées depuis longtemps par l’Allemagne. Une complexité mentale que les Cartésiens que nous sommes ont du mal à saisir. Froid-chaud, yin et yang, une rhétorique bien particulière qui peut mener les «aventurières PME» à l’inefficacité. Pas question de se disperser, d’aller dans les zones déjà très fréquentées de la côte ou de Beijing. C’est le pourquoi du choix de deux provinces (voir notre édition du 14 juin) : «il est très difficile de bâtir des réseaux dans ce pays. Les Chinois n’aiment pas les opérations commandos, mais les choses récurrentes. Le temps des PME en Chine est arrivé» lançait Jean-Pierre Raffarin, sans «un sinologue.» Citant Claudel qui avouait ne pouvoir comprendre les Chinois car il ne les connaissait pas tous, il dresse avec beaucoup d’humour le portrait d’une Chine «accessible», pas forcément «un coup économique», une «opportunité» où les relations durables scellent le commerce. Avec une économie chinoise fondée sur «l’épargne du Chinois», régenté mais où règne la possibilité «à la Chinoise» d’entreprendre, Jean-Pierre Raffarin les compare à un moteur à deux temps : thèse-synthèse. Yin et Yang. «C’est une pensée des contraires qui régit leur vie. Il nous faut valider l’idée que notre partenaire évolue, entre bien et mal.» Rien ne démarre avec nous en Chine, dit-il, c’est une continuité : «La transformation est essentielle pour eux.» Elément important, où il n’y a pas un temps zéro. «Y compris pour un contrat.» Il met au centre des rapports la confiance. «Leur mécanique de pensée n’est pas la même que la nôtre. Pas question de les juger.» 

Un monde d’équilibre
La nouvelle classe dirigeante chinoise, et Li Keqiang, le Premier ministre en particulier, selon lui, est attentive à l’opinion publique : «il ne faut pas croire que l’opinion publique n’est pas autonome. Beaucoup de choses se font d’elles-mêmes.» Jean-Pierre Raffarin parle de l’équilibre «multipolaire» tel que le voit la Chine : «elle pense que le monde se fera par l’équilibre et non par la domination d’un pôle sur une autre.» Pour lui, l’expansion de l’économie française en Chine passe par un rétablissement d’un nouveau rapport de force entre… l’Allemagne et la France. «L’Unité pour les Chinois est une valeur, une condition de vie.» Pour les PME le temps est venu en Chine : «ils sont attentifs au protectionnisme. Il y aura une limite à la présence des grands groupes. Cela ouvrira un grand nombre de champs pour les PME mais dans des projets communs avec leurs PME, aimées de leur population.» Les capitaux chinois cherchent le long terme, sans ambition de management pour être associé durablement, pas spéculatif. C’est la chance des PME. Selon lui, les réseaux sont importants. Pas question d’être seuls en Chine. «D’où l’importance d’avoir des représentants sur place.» La confiance ne s’établit avec les Chinois que par ce biais. «Investissez dans les réseaux.» Il met en avant la notion du gagnant-gagnant : «que les Chinois profitent de votre développement. Quelle est sa part de réussite. Il faut bien dealer sur ce plan dans le rapport de force fondé sur l’équilibre.» Pour lui, la provincialisation est capitale, autant que la dimension européenne dans l’affichage, dans des contacts fréquents. «Les chinois achètent plus de marques que de process. On progresse beaucoup sur ce domaine.» Il conclut : «les Chinois n’aiment pas les stars entrepreneurs.» Quelques «détails» ancrés dans le vécu de son «expérience» de la Chine : «la Chine n’est pas un adversaire. Ils défendent leurs intérêts. Défendons les nôtres.» Pour lancer aussitôt : «les profits de Volkswagen en Chine payent les salaires en Allemagne.» Tout un programme.

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La Turquie importe, notamment de la viande bovine (80 % sous forme de bovins maigres et 20 % en bovins finis) pour combler ses besoins sur le marché intérieur. Le pays se place ainsi au 2ème rang mondial des importateurs de bovins, juste derrière l’Union européenne (dans son ensemble). Mais la récente dévaluation de la livre turque fait ralentir ces importations. La France fournissait jusqu’ici 50 000 bovins par an, dont 20 900 broutards (partiellement issus de Poitou-Charentes).

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