L'Agriculteur Charentais 30 mai 2013 à 10h49 | Par Rosanne Aries

Enquête - Hors cadre familial : un vivier d’avenir

A travers une étude menée l’été 2012, les Jeunes agriculteurs et le Mouvement rural de jeunesse chrétienne prouvent «l’urgence» à mieux considérer ces nouveaux venus.

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- © JA ET MRJC

Les préjugés ont la dent dure : ils sont souvent pris pour des bobos, désireux d’exercer à titre secondaire une petite activité de jardinage à la campagne ou encore s’occuper de quelques bêtes de 5 à 7, histoire de prendre l’air. En réalité, les nouveaux arrivés dans l’agriculture, les fameux hors cadres familiaux, ont des visées nettement plus ambitieuses. Et des obstacles à leur encontre (foncier, financement, formation), plus difficiles encore à franchir que ceux qui exercent sur les anciennes terres du père ou de la mère. Ce qui permet aussi d’évaluer leur endurance. La preuve: neuf sur dix sont toujours en activité dix ans après leur installation. Pourtant, jusqu’alors, c’est une catégorie d’agriculteurs ignorés. Une sorte de «boîte noire», indique le Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC) qui, avec les Jeunes agriculteurs (JA), ont décidé de pallier l’ignorance, en lançant une enquête financée par le Réseau rural français (du ministère de l’Agriculture).

Un choix «réfléchi»
De juillet à septembre 2012, JA et MRJC ont ainsi envoyé des questionnaires sur tout le territoire français à l’intention des hors cadres familiaux souhaitant s’installer, en cours d’installation ou déjà installés. Or, premier constat : choisir l’agriculture pour ces personnes n’est pas un acte impulsif mais bien «réfléchi» : 2/3 ont exercé une activité professionnelle de plus de 5 ans, avant de songer à s’installer. Plus de 40% désireux de franchir le pas sont par ailleurs des salariés agricoles. Il ne s’agit pas en effet de profils atypiques. Et leurs projets le sont tout aussi peu : ils veulent s’orienter vers le maraîchage, les grandes cultures et la production de bovins (viande). Seuls 4,4% des personnes interrogées visent des productions originales, à savoir l’élevage canin, les plantes à parfum aromatiques et médicinales, l’élevage d’ânesse et de chèvre angora ou encore d’escargot. Les hors cadres familiaux sont aussi peu mobiles : 84% veulent s’installer dans leur région d’origine, autant suivent leur idée (la plupart optent même pour leur canton d’origine). Contrairement aux idées reçues, 88% sont des agriculteurs à titre principal, sans salariés, et seuls 5,5% le sont à titre secondaire (les autres sont les cotisants solidaires). Environ 2/3 des hors cadres familiaux se sont installés en individuel. Et pour la plupart, il s’agit d’une création d’entreprise (55%) ou d’une reprise (34%). Ces agriculteurs font le choix à part égale d’une commercialisation en individuel et en coopérative. Et, enfin, 90% du foncier est en fermage, indique l’enquête.

- © JA ET MRJC


La différence par le bio

Finalement, pour l’essentiel, ce qui les distingue des installés issus du milieu agricole est leur inclination pour le bio : 63% veulent produire bio. Un choix logique, selon les Jeunes agriculteurs : le maraîchage réclame, au départ, un investissement et un besoin en surface moindres que les autres productions. Et le bio permet d’y ajouter de la valeur. L’enquête confirme d’ailleurs que la principale difficulté pour ces exploitants agricoles venus d’ailleurs, est le foncier. Mais, à l’arrivée, résultat plus étonnant : ils sont deux fois moins à s’être réellement lancés dans le bio. Ils sont aussi moins nombreux qu’annoncé à devenir maraîchers. À l’inverse, les grandes cultures progressent de 5 points par rapport aux souhaits de départ. 

Favoriser l’accompagnement des nouveaux
Pour la plupart, une fois installée, les plus grandes déconvenues sont liées à des problèmes de gestion administrative et à un revenu inférieur au prévisionnel, même si globalement, 65% se disent satisfaits de leur situation. «L’on s’aperçoit cependant, a conclu, le 23 mai, lors d’un colloque de présentation, François Thabuis, premier président JA non issu du milieu agricole, que des améliorations sont nécessaires». Notamment : en matière d’accompagnement sur le foncier, sur les financements et sur la formation, a-t-il ajouté. L’enquête montre aussi la nécessité d’aller plus loin en matière d’analyse quantitative et qualitative (seuls 230 hors cadres familiaux ont répondu à l’enquête). «Avant, c’était le dernier de la famille qui reprenait l’exploitation. Aujourd’hui, le métier est choisi». Un argument, selon le chef de la centrale agricole, qui doit permettre de revaloriser la profession, et donner envie «loin des images caricaturales données par L’amour est dans le pré, ou certains dossiers épineux, liés à l’environnement ou autre». Toutes les synergies et les bonnes volontés sont à rechercher, selon lui, y compris hors du monde agricole.

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