L'Agriculteur Charentais 03 septembre 2015 à 08h00 | Par Emilie Durand

Hervé Guyomard : «L’agriculture doit rentrer dans le marché du carbone !»

Directeur scientifique de l’INRA

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- © AGRA

Quelle est votre vision de la crise de l’élevage ?
Tout d’abord, il y a bien une crise ! Celle-ci touche principalement les viandes bovine et porcine ainsi que le lait. Dans le cas des viandes, à des phénomènes conjoncturels – embargo russe, marchés en berne dans l’Europe du Sud – s’ajoutent des causes structurelles comme la baisse de la consommation de viande en France. Dans le lait, la fin des quotas laitiers s’est assortie d’un ralentissement de la croissance économique mondiale. Il y a des difficultés dans d’autres pays européens. De façon générale, cette crise montre qu’il faut mettre en place des mesures permettant de faire face à la variabilité des prix et des revenus agricoles.

Quelle est pour vous l’origine de la crise actuelle ?
À des évènements conjoncturels s’ajoutent des causes plus structurelles. Si des mesures d’urgence sont nécessaires, celles-ci ne suffiront donc pas si on ne s’attaque pas, aussi, aux facteurs structurels ! Entre autres, la définition d’une vision stratégique. Elle doit être guidée par les marchés sur lesquels la France veut être présente. Marchés au pluriel, avec des niveaux régional, national, européen et mondial. Selon les produits, les importances relatives de ces 4 marchés vont différer. Mais il ne faut pas privilégier uniquement l’un de ces marchés. Et l’offre agricole doit être adaptée à leurs besoins. C’est ainsi que l’on passera réellement d’une logique – dépassée – où c’est la production qui guide les marchés à une logique où ce sont les demandes et leur satisfaction qui primeront. Cette inversion de logique peut conduire à des adaptations douloureuses, par exemple des animaux moins lourds. Adaptations douloureuses, mais nécessaires ! L’organisation des acteurs et la taille des structures, exploitations agricoles comme industries agroalimentaires, sont des exemples d’autres facteurs structurels à faire évoluer. Dans ces deux cas, la situation actuelle n’est, je trouve, pas optimale.

Quelles sont les solutions pour les éleveurs face à cette crise ?
À situation de crise, mesures d’urgence. C’est un premier point. Au-delà des facteurs structurels auxquels il faut s’attaquer, j’insisterais ici sur la nécessité d’augmenter et de diversifier les sources de revenus des éleveurs. Cela pourrait être le développement de la pluriactivité, sur et hors exploitation, le développement de paiements pour services environnementaux et territoriaux comme la préservation de l’eau, de la biodiversité, le stockage de carbone, etc. Ceci ne signifie pas qu’il faut faire des agriculteurs des «jardiniers de la nature», même si ce rôle est tout à fait noble. Cela signifie que, selon les conditions locales et les choix de l’agriculteur, son revenu sera composé, dans des proportions variables, par la vente de produits agricoles bruts ou transformés, dans des circuits courts ou longs, et par des paiements pour la fourniture de services environnementaux et territoriaux. De tels marchés restent à construire en mobilisant les acteurs susceptibles de les financer : contribuable, usager, consommateur via si c’est possible un prix plus élevé du produit agricole ou encore des opérateurs tenus de compenser les impacts de leurs actions.

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