L'Agriculteur Charentais 28 mai 2015 à 08h00 | Par Bernard Aumailley

Hommage peint à l’instruction

Il était «le peintre officiel» de l’instruction publique sous la IIIième République. Portrait d’un homme, de son coup de pinceau dans une exposition unique à Saintes.

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Dominique Lobstein
Dominique Lobstein - © AC 17

Il était né à Marennes en 1853. Jean Geoffroy fut un élève de Léon Bonnat, le peintre de l’enfance. Et c’est lui le principal propagateur du discours militant de l’éducation et de l’instruction durant la seconde moitié du XIXième siècle et le début du XXième. Tout cela par des tableaux ou des gravures dans les illustrés de l’époque. L’exposition actuelle a réuni, au musée municipal de Saintes, Dominique Lobstein, le biographe de Geoffroy et les amis du musée et différents musées en France. C’est unique en France et c’est au musée de l’Echevinage. Regarder ces bambins avec nos yeux de 2015, c’est plonger dans un monde disparu. «L’instruction est  publique» martèle l’un des deux commissaires de cette exposition, Dominique Lobstein. Pour la réaliser, tous se sont mis à chercher les œuvres existantes encore de Jean Geoffroy, collections publiques, collections privées. Il a beaucoup produit et est tombé en désuétude au fur et à mesure que «cette peinture», figurative, significative, porteuse de sens, propagandiste se faisait supplanter par d’autres formes, sous le vent des impressionnistes. De salons de peinture, en quitus gouvernemental, de commandes publiques en «petits portraits», Jean Geoffroy croque un XIXième siècle de l’éducation, de la santé ou des enfants. Dans la centaine de tableaux et d’illustrations proposés au public, on retrouve un Geoffroy qui n’est pas dans les courants de l’époque, même si le naturalisme garde une vigueur face aux impressionnistes. Ses portraits sont très réalistes, fins, émotionnels. Il estimait «être de son temps» et voulait «traduire avec le plus de fidélité possible les spectacles qu’il a sous les yeux.» Ces gamins sont attachants. On craque à regarder ces écoliers, à suivre les petites filles avec leur poupée, à regarder les yeux écarquillés des enfants au cirque. Pourtant Geoffroy a laissé peu d’écrits. Tout est dans ses tableaux. Séverine Bompays est la conservatrice de ce musée, transformée en Sherlock Homes pour trouver dans une œuvre disséminée celle qui pouvait venir à Saintes, celle que des collectionneurs gardent jalousement, celle qui était prétexte à expliquer le contexte. Le musée n’en possède que deux. Comment ne pas «craquer» devant l’enfant à la poupée, sourire au bonnet d’âne affublé par un écolier, tirer la langue devant la page d’écriture, s’attendrir face aux écolières faisant la prière, aimé l’enfant et son cornet de marrons. Tout est dans le dessin, commente Dominique Lobstein : rien n’est là par hasard. Tout est discours, les vêtements, le matériel, les grands aidant les petits, les enseignants, les robinets comme messages d’hygiène. Zola écrivait des pages sur la réalité sociale, Geoffroy la peignait. Dominique Lobstein lui trouve en bon Docteur Watson toutes les filiations, françaises et européennes. Une généalogie de la peinture de Geoffroy documenté, dans un très beau catalogue. «Geoffroy sait varier les expressions et les attitudes de ses modèles ; chacun est individualisé par sa physionomie, son mouvement et dans son assiduité.» La photographie n’était pas encore une séance annuelle, Geoffroy y supplée dans «la sincérité des sentiments» comme écrira un de ses critiques. Cette exposition revêt un caractère national et unique. Elle est accompagnée d’une série d’animations allant aux ouvertures lors des journées du patrimoine, aux lectures publiques sur les propos sur l’éducation d’Alain en septembre, une conférence sur l’architecture des écoles en France, des concerts sandwichs en Octobre, des goûters de l’art en juin et de la musique le 18 août prochain.

Exposition Geoffroy, musée de l’Echevinage à Saintes jusqu’en Octobre. Catalogue de l’exposition publié par les éditions du Croît vif. 20 €.

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Le chiffre de la semaine
36,1 Mt
Il s’agit de la quantité de blé tendre attendue à l’issue de la moisson 2018, proche de celle de l’an dernier et légèrement supérieure à la moyenne de la période 2013/2017. Le blé dur, en revanche devrait voir sa production baisser de 12,2 %, en raison d’un rendement passant de 55,9 à 51,8 qx et d’une baisse des surfaces cultivées.