L'Agriculteur Charentais 20 juin 2013 à 10h57 | Par Myriam Tricoci

Interview Eugenio Mailler - La qualité dans l’alimentaire : une révolution longue

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Responsable Europe de Slow Food
Responsable Europe de Slow Food - © Myriam Tricoci

On parle beaucoup aujourd’hui de circuits courts, de consommation responsable, pouvez-nous nous dire comment Slow Food, né en 1989 en Italie, entre dans cette nouvelle vision de l’agriculture ?
Slow Food est un mouvement très complexe. Pour simplifier, je dirai que c’est une association pour la défense du droit au plaisir, pour prendre le temps de manger des produits de qualité et bien élaborés. Car les agriculteurs sont des acteurs essentiels du «bien manger». Or, la population agricole vieillit et il faut la renouveler pour ne pas perdre ce précieux savoir. De plus, il faut changer l’image de ce métier. Moi, je pense qu’il est préférable d’y venir sur le tard. En effet, aujourd’hui, un paysan doit savoir tout faire, de la production à la commercialisation. Ce sont les «intellectuels de la terre». Ces paysans 2.0 sont indispensables à la ruralité.

Comment les consommateurs peuvent-ils influer sur l’agriculture en Europe ?
En consommant mieux. Aujourd’hui, en France, 35 % de la nourriture achetée est jetée. La qualité est-elle vraiment plus chère que le gaspillage ? Je ne le pense pas. Il faut que les consommateurs prennent plus conscience des enjeux qu’il y a autour de l’acte de manger, de consommer. Ce sont des questions qu’on ne pouvait pas se poser tant que la sécurité alimentaire n’était pas assurée. Aujourd’hui, c’est possible, mais on ne peut pas imaginer qu’une telle révolution se fasse en 6 mois. Le temps agricole est un temps long. Les filières doivent s’organiser. Après tout, en 2012, les circuits courts ont été l’un des seuls secteurs en croissance dans une Europe touchée par la crise.

Et comment voyez-vous l’alimentation de demain ?
Comme un autre choix citoyen. Car c’est au citoyen de jouer pleinement son rôle. Pour Slow Food, la situation n’est pas catastrophique, car cela peut bouger. Et ce qui se passe en agriculture est emblématique de la société actuelle. L’idée d’avenir est un modèle de «consommateur-critique» qui va composer entre goût, savoir-faire, prix et praticité. Nous participons aux Festins de Méditerranée(1) qui allient culture et nourriture. En novembre, Slow Food organisera sa biennale en France avec un mot d’ordre : le goût est une fête. Et des ateliers de street-food, par exemple. Car aujourd’hui, la cuisine est sacralisée, élevée au rang d’œuvre d’art… C’est tout le paradoxe d’une sublimation qui la coupe du goût de tous les jours. En définitive, chez Slow Food, nous sommes militants parce que nous sommes trop gourmands.

(1) Slow Food est partenaire de Marseille Provence capitale de la culture 2013

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Malgré une superficie de culture de pommes de terre en hausse de 5 000 hectares en France cette année, la production a reculé de 9,6%, à 5,85 millions de tonnes, contre 6, 47 millions l’an dernier La production a fortement baissé en Picardie (-10,6%), dans le Nord Pas de Calais (-11,6%), en Alsace (-19,9%) et surtout en Haute Normandie (-25,9%). Ces chiffres concernent la pomme de terre dite de conservation, c’est-et pomme de terre industrielle.

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