L'Agriculteur Charentais 08 janvier 2015 à 08h00 | Par Mathieu Robert

«La taxation du blé russe va renforcer le prix mondial»

Thierry Pouch : Economiste à l’APCA

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- © Réussir

Comment expliquez-vous la récente dépréciation du rouble ?
Le rouble a perdu 60% de sa valeur depuis le début de l’année, et 20% sur quelques jours en décembre. C’est énorme. Il faut d’abord relier cette dépréciation au conflit ukrainien. Les capitaux qui n’apprécient pas l’inflation ont commencé à sortir de Russie. L’inflation est en effet porteuse d’un risque de dévalorisation des capitaux investis dans un pays. Enfin, l’effondrement du pétrole (de 100 à moins de 60$ le baril), ces dernières semaines, a entraîné une baisse des recettes. Tout cela risque d’entraîner, selon les prévisions actuellement en vigueur, une récession de 4 à 5% en 2015 de l’économie russe. 

Quelles peuvent être les conséquences de la chute du rouble sur le marché des céréales ?
L’effondrement du rouble fait s’envoler le dollar en Russie, incitant les exportateurs à exporter en dollars, espérant ainsi récupérer des prix plus élevés. En réaction la Russie veut restreindre ses exportations de céréales pour moins dépendre du prix mondial et garantir la sécurité alimentaire du pays. Un dollar élevé, incitant les producteurs russes de blé à exporter davantage, peut être en effet à l’origine d’une diminution des disponibilités sur le marché intérieur, exposant le pays à un prix d’achat plus élevé sur le marché mondial. Le problème, c’est que la Russie est l’un des principaux exportateurs de céréales, le sixième en blé. Ces mesures de taxation vont renforcer le prix du blé sur le marché mondial. C’est d’ailleurs ce que l’on observe. 

Quelles peuvent être les répercussions sur d’autres produits ?
Les Français ne sont pas les plus exposés en Europe à l’économie russe. Le fait que l’euro s’apprécie face au rouble va peut-être pénaliser les produits non concernés par l’embargo, comme les vins et les boissons, ou les bovins vifs qui ont été l’objet d’un assouplissement ces dernières semaines. Sur d’autres produits comme les fruits et légumes, l’embargo avait été anticipé par les Russes, qui avaient conclu des accords avec d’autres pays comme le Brésil, l’Equateur, le Maroc ou la Turquie. 

Comment la situation peut elle évoluer en 2015 ?
La Russie a les moyens de freiner cette chute. Le relèvement des taux d’intérêt qu’elle a opéré, il y a quelques jours, n’a pas eu d’effet significatif pour l’instant, malgré son ampleur (de 11,5 à 17%). Les Russes ont aussi à leur disposition l’arme du contrôle de sortie des capitaux. La Russie a aussi d’importantes réserves de change, qu’elle peut utiliser pour racheter du rouble sur le marché des devises contre du dollar et faire ainsi remonter sa valeur. Les réserves de change de la Chine, de l’Inde, de la Russie et du Brésil cumulées représentent plus de 8 000 milliards de dollars. Cette crise russe montre que l’économie ne peut pas être dissociée de la politique. L’économie ne fonctionne pas en vase clos.

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Malgré une superficie de culture de pommes de terre en hausse de 5 000 hectares en France cette année, la production a reculé de 9,6%, à 5,85 millions de tonnes, contre 6, 47 millions l’an dernier La production a fortement baissé en Picardie (-10,6%), dans le Nord Pas de Calais (-11,6%), en Alsace (-19,9%) et surtout en Haute Normandie (-25,9%). Ces chiffres concernent la pomme de terre dite de conservation, c’est-et pomme de terre industrielle.

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