L'Agriculteur Charentais 19 février 2015 à 08h00 | Par P. L. Berger

«Les agriculteurs veulent résoudre leurs propres douleurs»

Pierrette Desrosiers : Psychologue du travail et coach pour les agriculteurs

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Pierrette Desrosiers
Pierrette Desrosiers - © Pierre-Louis Berger

Pouvez-vous vous présenter et expliquer votre démarche ?
Je suis née dans une famille d’agriculteurs au Québec et je suis conjointe d’agriculteur. Depuis 15 ans, j’exerce comme psychologue du travail pour les agriculteurs. Je suis une des rares psychologues, psycoach, conférencière à m’intéresser au monde agricole et aux manifestations de plus en plus grandes de détresse psychologique chez les agriculteurs. Au début de ma carrière, j’ai ausculté le mal de vivre des agriculteurs dans ma région puis avec l’expérience j’ai mené mes observations au Canada.

Pour la première fois vous organisez une tournée en France, pourquoi un tel choix ?
C’est à la demande de la FNGeda et de Trame que j’ai accepté de faire une tournée en France, du 16 mars au 4 avril, pour donner 6 conférences et 4 journées de formation sur le mieux être au travail, à Paris. J’ai aussi développé un lien très fort avec l’intergroupe féminin au sein de Trame. En France, il y a un grand niveau de détresse dans le monde agricole. Toute ma démarche consiste à détecter ces signaux de détresse, ces nombreux symptômes (pertes de mémoire, difficultés à dormir, problèmes relationnels, indécision, irritabilité, perte d’espoir, tabagisme, alcoolisme) qui font que l’on prend de plus en plus de mauvaises décisions pour soi et les autres, l’exploitation, la famille… Les jeunes agriculteurs subissent une forme de stress particulière : le célibat.

Quelles clefs donnez vous aux agriculteurs pour sortir de ce mal-être ?
Je suis une intervenante dans l’action. J’ai développé une approche qui convient à une clientèle masculine conservatrice. Les agriculteurs veulent résoudre leurs problèmes de mal-être, leur douleur. Mon travail consiste à amener les personnes à être plus conscientes de leurs croyances, de leurs émotions, de leur habitudes, de leurs décisions pour leur permettre d’atteindre leurs objectifs. On peut apprendre à gérer son stress et ses émotions. L’intelligence émotionnelle est au coeur de notre système. J’accompagne les agriculteurs dans leur changement de comportement. Il y a trois niveaux où l’on peut agir : les choses où le changement est possible, celles que l’on peut influencer et là où je peux réellement lâcher prise. Je fais de la consolidation d’équipes quand il y a des différents dans un groupe et du développement stratégique. Tout le monde aspire au bien-être. Les agriculteurs sont, aujourd’hui, plus sensibilisés à ces problèmes de mal-être qu’il y a 15 ans où le sujet était tabou. C’est peut-être cela, la grande évolution du monde agricole.

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Le chiffre de la semaine
444 M€
444 millions d’euros qui avaient été prélevés sur les paiements directs de la PAC, en prévision de la réserve de crise pour 2018, vont être remboursés aux agriculteurs européens, a annoncé la Commission européenne fin novembre.

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