L'Agriculteur Charentais 19 septembre 2013 à 11h10 | Par Bernard Aumailley

Les Belles endormies - Ribérou, importateur de sardines

Première d’une série consacrée à la réhabilitation de hauts lieux charentais. Le port de Saujon a fait peau neuve.

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- © AC

C’est lui qui rend la Seudre navigable. Un port ? Oui, celui de Riberou à Saujon. Lové dans les dédales des marais ostréicoles, le port connaît aujourd’hui une nouvelle jeunesse. Port fébrile, grouillant de monde au XIXième, il était tombé en désuétude pour renaître, empli de bateaux de plaisance, chatouillé par les cannes à pêche, regarder de la terrasse du café voisin, caresser des yeux par les promeneurs le long de ses berges. De Ripa, en latin, la rive, il porte le nom. Alors qu’un autre port disparu lui ravit la vedette, on atteste aussi sa «présence» gallo-romaine. Toujours est-il qu’il est bien là au Moyen âge, avec un bailliage royal. «Ce qui laisse supposer  l’intérêt accordé à ce lieu par les autorités de l’époque» concède aujourd’hui son meilleur défenseur, celui qui a décliné dans le temps son pedigree, l’actuel maire et conseiller général, Pascal Ferchaud, qui vient de lui consacrer tout un ouvrage fort documenté. Lieu privilégié du négoce de marchandises en tout genre. On avait même pensé construire, au XVIII ième un canal entre Talmont et Saujon, pour alimenter le port. Fondé sur les statistiques des droits d’ancrage de Ribérou, Pascal Ferchaud rend vivant l’activité portuaire. «Près de la moitié des navires qui quittent avant la Révolution le port de Ribérou revenaient en Bretagne après avoir déchargé leur cargaison de sardines. Quelques navires repartaient là-bas aussi avec du vin. La seconde destination, c’est l’île en face : Oléron avec du bois de chauffage. La troisième, c’est le port plus haut, La Rochelle avec de la chaux» calcule Pascal Ferchaud. Dans un autre décompte, trente ans plus tard, la moitié des tonnages débarqués l’est en sardines, un quart en morues, 12 % en charbon de terre, 7 % en grains. Il a même calculé que cela représentait 12.2 millions de sardines ! “L’Aimable Élisabeth”, un chasse-marée, fait la navette avec Marennes, la Tremblade, Tonnay Charente et Rochefort avec des eaux-de-vie et de la futaille. Cela s’accentuera au XIX ième siècle : Ils partirent 500… et arrivèrent au port chaque année. Et chaque lundi, mercredi, samedi, c’est le marché aux poissons et aux coquillages. «On venait de dix lieues à la ronde» pour les commerces de Saintes, Saint Jean d’Angély, Jonzac. Mais comme partout sur la côte, cela s’envase. Un nouveau port voit le jour en 1842. Il est l’œuvre de la municipalité de l’époque, sous la houlette de l’enfant du pays, le célèbre Jules Dufaure… ministre des Travaux publics en 1839. «Le dossier était suivi en haut lieu et quand les problèmes surviennent, on sent la forte présence de Jules Dufaure.» Par lettres sommatives, il accélère les choses. Un chenal, deux chemins de halage, une cale, un aqueduc, des bornes d’amarrage… le port est complet. Jusqu’à devenir un port de… mer. En 1852, un décret fait remonter la mer 22 kms dans l’embouchure et ainsi Riberou devient un cas unique dans l’hexagonal. L’affaire ne durera pas, tant les récriminations des propriétaires ostréicoles, dans les parcelles inondées par la Seudre à la marée… On ne touche pas à la propriété privée ! Puis le port se meurt dans le début du XX ième siècle. «Les séchoirs à morues de la maison Dehan ne sont plus qu’un vague souvenir…» consigne Pascal Ferchaud par les récits de témoins. Ce qui a tué le port, c’est le chemin de fer et le tram puis les autocars. Pourtant, il y avait tout ou presque, une minoterie, l’atelier de réparation de la laiterie Loti, des épiceries nombreuses. La ville thermale a réhabilité les quais et Ribérou est aujourd’hui lieu de villégiature. Pour qui y déambule, en fermant les yeux, le patois charentais remonte et la rumeur fait entendre les cris des mareyeurs, les rires des femmes venues chercher leur panier de poissons, les ouvriers râlant contre un travail harassant. Ribérou revit.

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Le chiffre de la semaine
444 M€
444 millions d’euros qui avaient été prélevés sur les paiements directs de la PAC, en prévision de la réserve de crise pour 2018, vont être remboursés aux agriculteurs européens, a annoncé la Commission européenne fin novembre.

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