L'Agriculteur Charentais 21 mai 2015 à 08h00 | Par Bernard Aumailley

Les présidents (se) racontent

Ils furent, en leurs temps, président de la FNSEA. Tous deux ont quitté le syndicat pour un ailleurs : la FAO ou la politique.

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Tous deux ont des similitudes : agriculteurs, président du plus important syndicat agricole français, des fonctions éminentes dans le pouvoir. L’un fut ministre de l’Agriculture, l’autre président de l’organisation des Nations unies pour l’Alimentation (FAO). Leur parcours a donc quelques chassés croisés, des chemins communs. Mais leurs «visions» du monde sont quelque peu différenciées. Tous deux gardent une bonne mémoire de leurs parcours, les dates, les fonctions, les débats, les grandes et petites querelles, les divergences entre leaders agricoles et élus politiques. Tous deux ont flirté avec le pouvoir. François Guillaume en fait même le thème central de son récit. Luc Guyau le décrit, mais semble y rester en marge. Tous deux dissèquent les arcanes  de discussion des politiques agricoles au sein de la politique en général. Luc Guyau raconte, dans «son dictionnaire» que pris dans la tourmente des crises sanitaires,  à la lettre L, à «liberté de pensée», combien il était difficile de faire passer ses idées. Qu’à la lettre P, comme paysan, mot qu’il emploie à dessein, on peut lire «si l’on compare le monde des paysans d’hier et le monde des agriculteurs d’aujourd’hui, qu’a-t-on gagné et qu’a-t-on perdu ?» Et de ranger dans le positif de conditions de vie et un revenu meilleurs, dans le négatif, la mise perpétuelle à l’index, la précarité et l’instabilité des marchés. François Guillaume est davantage circonstancié : ainsi de l’Argentine, le ministre prend un vol, puis un jet, puis un hélicoptère pour être à l’heure à la finale nationale de labours. Un autre monde ? Pas vraiment, l’attachement de François Guillaume à rester proche du terrain, des agriculteurs, tout en étant très «politique» est palpable tout au long du récit. Lui qui était dans la coulisse des accords sur la PAC revendique sa «part», pris en tenaille entre un Mitterrand et un Chirac en pleine cohabitation : «au-delà de l’intelligence des choses, la volonté récompense ses adeptes.»

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Lui qui passe, direct, de la FNSEA à la rue de Varennes doit «jauger ses troupes» pour franchir le Rubicon, «le risque» comme il le nomme. L’exemple Debatisse est dans les mémoires. Ministre, député européen, député, François Guillaume fait la démonstration que la «politique» s’apprend aussi sur le champ de bataille. «Un métier» lâche-t-il. Loin d’être égaré dans les hémicycles, l’ancien ministre gardera les «pieds sur terre», toujours défenseur de son corps d’origine. Mais sans en faire une addiction. L’homme explique qu’il a voulu avoir prise sur les choses, les événements. Chaque homme a sa perception du monde. Ces deux récits en sont le témoignage. Difficile de juger quand après coup on connaît les résultats. Tous deux ont mis les mains dans le cambouis. Plus aisée est sans doute la position de «représentant officiel des agriculteurs», moins celle des choix politiques, des négociations, des «solutions» à trouver dans l’urgence, de la «mécanique» ministérielle. Luc Guyau est plus prosaïque dans le récit, même si lui aussi est circonstancié, factuel. Lui qui lança «le défi paysan», retrace le monde à partir de l’expérience vendéenne, familiale. Ce «regard porté sur l’autre» qui aura toujours dans l’hexagone comme en Afrique ou en Asie : «on ne choisit pas où l’on naît et il faut souvent une bonne dose de volonté, de conscience et de chance pour choisir sa vie.» Tous deux disent l’avoir fait. «Ce qu’on retient des rencontres d’une vie ne peut pas tenir sur un bout de papier » résume Luc Guyau, « ce que l’on retient, c’est ce qui nous rend plus forts, ce qui renforce cette confiance en soi indispensable pour se tracer un chemin dans la vie et aller de l’avant.» Ces «mémoires» sont-elles faites pour laisser une trace dans la longue histoire de la paysannerie. Davantage des témoignages, des mises au point, des paternités revendiquées. Entre le frustré du manque d’efficacité de la FAO et l’agriculteur devenu fin politique, les chemins se sont effectivement croisés, mais ils ne cheminèrent pas forcément dans le même sens. Sinon celui de porter la voix des agriculteurs.

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32,4 ME Mt
En 2017, en Nouvelle-Aquitaine, 1 815 projets ont ainsi été soutenus dans le cadre du Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles (PCAE), pour un montant global de 32,4 ME (Région, État, Europe, Agence de l’eau…). Ce plan, harmonisé en 2017 à l’échelle des trois ex-régions, déploie désormais un «panier» de dix dispositifs distincts et complémentaires, sous forme d’appels à projets annuels, afin d'’accompagner les agriculteurs au plus près de leurs besoins.

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