L'Agriculteur Charentais 27 mars 2014 à 10h45 | Par Bernard Aumailley

MaRCHÉS MONDIAUX - La planète céréalière tourne encore

Les besoins en céréales mènent le monde. Les attentes pour produire de la viande ou de l’énergie ont guidé la production mondiale.

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Une sécheresse au Brésil, impactant sur les cours du soja, une situation politique en Ukraine incertaine et tendue, une demande mondiale en céréales qui ne faiblit pas. Voilà pour le paysage. La crise ukrainienne a un temps boosté les cours du marché de Chicago. C’est le lot du «risque géopolitique.» Sébastopol ne fait pas la une des médias, mais son port, poste d’entrée secondaire du commerce des céréales russes et ukrainiennes connaît quelques tensions. Odessa et Nikolaïev sont mieux placés. Les derniers chiffres d’exportation confirment que le rythme reste «soutenu» comme on dit à FranceAgriMer : fin février, 25 Mt (+36 ) dont 7,4 Mt de blé et 15 Mt de maïs. L’analyse APK-Inform souligne que les ports de Odessa et Nikolaïev assurent la majeure partie des exportations. Mais la devise ukrainienne, le Hryvnia, perd de sa valeur(-25 ). Les agriculteurs se montrent pressés de vendre leurs stocks. Quant à la récolte à venir, c’est trop tôt. Les yeux du monde céréalier sont tournés vers la Mer noire, mais il faut piéger d’autres indicateurs : la Russie qui place son chiffre d’exportations à 17,5 Mt et a fermé le robinet des achats d’Etat. On escomptait en octobre dernier mettre 5 Mt de côté, en stock tampon. L’affaire n’a pas marché : 0,6 Mt sont seulement stockées pour cause de prix proposés trop faibles. En Egypte le monopole d’Etat d’achat, le GASC, en durcissant son cahier des charges (taux d’humidité limité à 13 ) est défavorable aux blés français. Le GASC change de staff et la négociation serait en cours avec les Français. Mais la Russie rafle la mise, suivie des Roumains. «L’origine Mer noire est aujourd’hui la plus compétitive» déclare Thibault Champagnol de FranceAgriMer, «aidée par un fret avantageux sur le Proche et Moyen Orient.» l’Egypte a besoin de 10 Mt. 4 à 5 Mt sont prévues d’être achetées par le GASC. Le reste par des opérateurs privés. Autour de la Mer noire, le Kazakhstan est sur les rangs (6ième exportateur mondial, 6,2 Mt et premier importateur de farines) d’autant que le Tenge vient d’être dévalué et le gouvernement a annoncé la vente intérieure à prix fixe (163€/t). Tout se fait par fer (900 kms de nouveaux rails) jusqu’aux ports de la Caspienne et à l’intérieur vers la Chine.  En février dernier, l’USDA annonçait la couleur de la prochaine campagne. Les producteurs de maïs aux Etats-Unis pourraient préférer, à cause des cours, produire du soja. Le bilan mondial qu’il établit propose une hausse des surfaces de 5 et une production en baisse de 2 . La consommation mondiale est estimée à 698 Mt, quasi la production. Voilà pour le présent.

Lire le dossier complet dans notre édition du 28 mars

Chez Charentes alliance
“Le marché export est stratégique

Xavier Charbonneau est responsable de la commercialisation des céréales chez Charentes Alliance. Lorsqu’il regarde les mois passés où le taux de protéines n’était pas au rendez-vous, il ne s’alerte pas outre-mesure, confiant dans la stratégie protéine mise en place pour la prochaine collecte. Lorsque les Egyptiens, via le GASC, augmentent les critères sur les taux d’humidité, il estime que les blés, chargés à Dunkerque, en ont peut-être pâtis. Une incidence moindre pour La Pallice. «Le taux d’humidité de la façade atlantique n’est pas vraiment un handicap.» Les marchés méditerranéens sont plus sélectifs sur les critères, mais différents entre Algérie, Maroc, Arabie, Yémen, Moyen Orient ou Egypte. «C’est davantage des stratégies d’achats : plus on baisse les critères, plus on élargit les champs du possible en termes d’origine. Cela ne tient pas forcément au niveau d’équipements des minoteries.» Xavier Charbonneau estime qu’au contraire «plus ils sont récemment équipés plus ils peuvent travailler des lots de différentes qualités.» La provenance Mer noire se voit aussi imposer des critères d’humidité dans les cahiers des charges égyptiens. «Ils y arrivent très bien.» Sécher les blés est possible, notamment à Dunkerque, mais engendre des coûts. Les blés de l’hinterland rochelais s’en passent. Mais Xavier Charbonneau passe le message : pas question d’esquiver la teneur en protéines et incite à des efforts de toute la filière. «Pilotons la fertilisation comme le propose aujourd’hui Charentes Alliance, par les leviers agronomiques, de sélection variétale et économique.» La teneur en protéines de blés sera mieux payée dans la Coopérative. «La valorisation ne se situe pas seulement sur le prix, mais aussi au regard de la demande. L’exportation est un marché stratégique et il faut produire ce que demandent les clients» 70 % de la production de la Coopérative prend le chemin des quais rochelais. «Les blés russes et ukrainiens sont de qualité, mais sujets à des aléas climatiques, donc irréguliers. S’ajoutent les troubles politiques. Leur force reste le prix avec une qualité parfois supérieure aux nôtres.» Une régularité française qui peut se révéler un atout, pour peu que l’on assure le taux de protéines. «Pas question d’attendre la moisson… pour rassurer nos acheteurs.» Prudent sur les engagements sur les marchés, même si les aléas climatiques sur le territoire de la coop viennent parfois obérer certains volumes, Xavier Charbonneau estime : «que notre mare nostrum est aujourd’hui concurrentielle.» Pendant la révolution, on charge toujours des bateaux en Ukraine… mais l’avenir en dira plus. «Quid des emblavements et des contrats futurs ?» Il ajoute : «la meilleure information vient du réseau du négoce international sur place. Les négoces implantés en Russie ou en Ukraine ont, certes, une meilleure information qu’une coopérative implantée en Charentes. Personne n’a toutes les clés.» Le 11,5 de protéines est donc le ticket d’entrée que sollicite celui qui vend dans le monde entier. «Cela permet d’opérer. Sinon, nous bloquons toute la logistique de la Coopérative et cela a un coût.» Quant au marché africain de l’Ouest, il l’estime aussi «difficile» que ceux de la Méditerranée. «Cela dépend de la manière dont le pain est pétri sous des températures chaudes.» L’eldorado serait peut-être là. «Les opérateurs y sont. Mais nous serions concurrentiels aux blés américains. A qualité égale, le fret fait la différence.»

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TRADER
Passé la barrière du 76/220/11*

Trader dans une entreprise de négoce régionale et française, Interco, 50 Kt de céréales commercialisées, Arnault Garnier est aux avant-postes de l’actualité céréalière mondiale. Exactement mieux place pour apprécier l’effet des normes égyptiennes et du chaos ukrainien. «Les exploitations agricoles s’apparentent de plus en plus à des PME et cherchent à optimiser le débouché de leurs marchandises. Ils préfèrent déléguer la commercialisation» explique-t-il. Lui vend pour elles, mettant en œuvre tout son savoir-faire de trader en matières premières. Installé en Charente-Maritime, Arnault Garnier estime que «constructions des silos personnels, sécurisation sur les marchés à terme, collecte d’informations sur les marchés mondiaux, appel en trader en matières premières concourent à rendre indépendantes les PME agricoles.» Intermédiaire très informé sur le moindre battement d’aile à Odessa ou à Chicago, Arnault Garnier vise d’abord le marché français «pour minimiser les coûts de transport», mais opère aussi sur les marchés à l’export. Une expertise qui lui fait apprécier les exigences nouvelles de l’Egypte ou les offensives des blés russes ou ukrainiens : «la volatilité est une réalité, avec des écarts de plus en plus grands. C’est dû aux volumes et l’enjeu des matières premières sur le commerce mondial.» Exemple, le colza sur une journée peut prendre 7€ de volatilité. «C’est énorme !» Le flair du trader doit opérer. «Notre manière de fonctionner est dans le back-to-back, vendu dans la journée, sans découvert à la différence des négociants. Le fonctionnement du marché est irrationnel.» Arnault Garnier explique : «la volatilité de l’Ukraine est venue d’un marché vendeur, par précaution, les traders sont devenus acheteurs… et le marché est remonté.»

Lire la suite du portrait  dans notre édition du 28 mars

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44 Millions d’hectolitres
La production française de vin s’annonce inférieure de 4 % à la moyenne des cinq dernières années, indique Agreste, la publication statistique du ministère de l’Agriculture. À 44 millions d’hectolitres, elle s’établirait à un niveau inférieur de 8 % à celui de 2015. Cela en raison du gel du printemps dans les vignobles septentrionaux et de la pression du mildiou un peu partout en France.

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