L'Agriculteur Charentais 26 juin 2014 à 10h24 | Par Myriam Tricoci

Nathalie Bertrand

Économiste, présidente du colloque et auteur du livre «Terres agricoles péri-urbaines, une gouvernance en construction»

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- © Irstea, J.-J. Collicard

La société française d’économie rurale (Sfer), l’Inra, l’IRSTEA et le Cirad ont organisé, les 11 et 12 juin, un colloque sur le thème «Le foncier agricole - usages, tensions et régulations», à l’Ecole Normale Supérieure (ENS), à Lyon. L’enjeu : faire le point sur le foncier agricole.

Pouvez-vous nous expliquer les problématiques de l’accès au foncier en France ?
On assiste à un renouvellement de la problématique de l’accès au foncier. Les agriculteurs sont de moins en moins propriétaires de leurs terres compte tenu de la dimension capitalistique du foncier. La question de l’accès au foncier se pose donc en particulier pour les petites et moyennes exploitations : concurrence d’usages (agricoles et non agricoles), concurrence au sein même du secteur agricole. En Rhône-Alpes, par exemple, le partage des terres entre les différentes activités engendre une pression forte, en particulier dans les espaces sous pression urbaine.

Comment cela se passe-t-il à l’étranger ?
Les pays du Sud sont confrontés au problème «d’accaparement» des terres qui pose la question de l’éviction de l’agriculture familiale et de ses conséquences sur l’autonomie alimentaire des populations locales. Le foncier agricole devient une valeur refuge en temps de crise dans le monde. Par exemple, en Afrique, la Chine acquiert des terres dans un objectif de production alimentaire pour sa propre population. Des fonds de pension considèrent la terre comme un bon investissement.

Comment voyez-vous l’avenir du foncier agricole en France ?
De plus en plus d’acteurs s’intéressent au foncier agricole au-delà même de la profession. Les collectivités locales, par exemple, s’investissent dans la préservation ou la création d’une ceinture verte autour des villes. Elles développent des politiques foncières dont certains volets sont l’acquisition de foncier agricole et tendent à orienter les formes d’agriculture attendues aux portes de villes. Comme des baux avec des clauses environnementales ou des formes de productions agricoles spécifiques (maraîchage, arboriculture…). Des formes de portage originales voient aussi le jour : des associations levant des fonds privés pour acquérir des terres agricoles. Comme Terres de Lien qui aide à l’installation, mais oriente vers une production en agriculture biologique. Ces formes de portage foncier ne sont plus anecdotiques aujourd’hui. Dans un contexte où la dissociation entre propriété et usage des terres s’accroît, l’enjeu, pour les agriculteurs, devient alors la sécurisation de l’accès au foncier. Même si, en France, l’idée du lien entre propriété et usage est très forte, force est de constater ce modèle contemporain. Cela renforce la problématique de la sécurisation de l’accès au foncier, celle des baux et le problème des locations sans bail ou des statuts précaires. La question est moins, aujourd’hui, celle de la propriété des terres que celle de la sécurisation de l’accès à la ressource foncière.

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