L'Agriculteur Charentais 19 septembre 2013 à 08h55 | Par Bernard Aumailley

Simulation - Dis-moi qui tu es, je te dirais quel rôle tu joues

Les voilà depuis une semaine en cours de BTS au lycée Desclaude et en plein dans le bain. Faire comme si… comme s’ils étaient les membres la CLE du SAGE Charente.

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- © AC

L’exercice est une pratique pédagogique vieille de dix ans. Tout bronzés de leur été, bac en poche, les «petits nouveaux» de BTS gestion de l’eau à l’EPEFPA Desclaude de Saintes sont au cœur du sujet. Ils ont rencontré, dès leur semaine de rentrée, tous les acteurs autour d’un fleuve. En l’occurrence, la Charente cette année. Sur l’estrade de l’amphithéâtre du lycée, ils «ont joué» à la commission locale de l’eau (CLE) éponyme. Un jeu de rôles où l’on retrouvait une préfète, un technicien de l’usine de l’eau de St Hyppolite, des représentants du tourisme, les dénommés M. Tong ou M. Parasol, des irrigants, le fameux M. Rosage, des fervents environnementalistes, M. Natura ou des pêcheurs du dimanche… Bref, une CLE dans sa composition «légale.» Sous la houlette, parfois directive, parfois ironique, souvent dans la pure maïeutique, Catherine Dhenne, l’animatrice du lycée Desclaude a descendu le fleuve d’amont en aval ou l’a remonté. Et chacun, avec enthousiasme, mais surtout avec une parfaite connaissance de son «rôle», y a défendu «ses» positions. Tel le viticulteur déversant ses effluents dans le «Charenton», qui n’est pas la «grande Charente», avec une naïveté feinte de la réglementation. Ce qui provoqua la réaction courroucée de Mme la préfète en herbe qui rappela «que la loi existait» et le sourire de la salle, remplie des étudiants de deuxième année de BTS et de terminales STAV. Une heure durant, ce cours d’instruction civique, grandeur nature, sur un cas concret, a tenté de cerner «les problématiques» du fleuve, «à la situation dramatique»,  via le prisme d’un SAGE en construction. Pas si simple de trouver «le consensus», même si titillés par Catherine Dhenne, les étudiants ont souvent colporté des «fondamentaux» de chaque corporation ou des «belligérants.» Pas «de pistes nouvelles, d’idées ou de démarches novatrices.» Ils n’en sont qu’au point de départ de leur formation, comme le soulignait leur professeur Valérie Pouletaud. 

C’est presque pour de faux
Alors on s’amuse de voir quelques «convergences» irréelles : l’irrigant tendant la perche (ou la rampe !) à l’écologiste pour qu’il s’exprime ou des techniciens bien taiseux qui n’amènent pas sur la table une flopée d’études et de documents pour en quémander encore. Que le pseudo M. Pruchot, agriculteur, dise que les produits phytosanitaires «coûtent cher» et qu’il faut ainsi en «économiser l’usage», Que M. Civelle rejoigne Mme La Marée (accompagnée pour l’occasion par son tout aussi jeune père) sur la nécessité de maintenir les niveaux et la bonne qualité de l’eau, il n’y a pas de nouveau sous le soleil. Ils n’arriveront pas à convaincre M. Nathan, (le très jeune père de 5 enfants), maïsculteur de faire d’autres cultures. Ce dernier, laconique, dira «il n’y a pas pour l’instant de solutions. Enfin pas tout de suite…» Mais dans ce jeu de rôle les «agriculteurs» demanderont davantage d’aides financières et auront une réponse du pseudo conseiller général, très politique somme toute : «nous faisons déjà beaucoup.» 

Débrousailler
Selon Valérie Pouletaud, l’exercice qu’elle a mené avec les autres enseignants, Marion Telliez, Laurent Larcillaud, Jacky Sorin et Fabrice Bonaldo, porte pour la première fois sur la Charente, après l’avoir été sur la Seudre, Layre ou la Boutonne. «Ils ont rencontré une dizaine d’acteurs de l’amont à l’aval. C’est la meilleure introduction au monde auquel il se destine. Après ils auront des savoirs plus disciplinaires. Là durant cette semaine, ils perçoivent les interactions entre les acteurs de ce milieu.» Pas beaucoup de fils d’agriculteurs, pas forcément dans les rôles d’agriculteurs : «nous leur apprenons durant cette semaine à ne pas juger mais à comprendre comment les acteurs utilisent la ressource.» Valérie Pouletaud estime qu’il est difficile de casser les idées reçues. «Cette année, nous assistons à une qualité d’analyse. Il leur faut maintenant du recul. Il faut qu’ils comprennent que c’est compliqué.» Le tour de table de ces représentants fictifs, sans réel rapport de force, ni l’inégalité des groupes de pression de la CLE réelle, fera naître une évidence : on ne connaît pas les enjeux du SAGE dans la population ou chez les acteurs. «Tout est possible si on le veut» dira pseudo M. Cherminade, l’agriculteur bio. 

Miroir
La «vraie» CLE

Il est à parier que Didier Louis, conseiller général de Hiersac, et président de l’EPTB Charente aurait été amusé de l’exercice des élèves en BTS. Mais au fait, où en est la CLE du fleuve Charente ? Le point de départ date d’il y a dix ans, avec une recommandation de l’agence Adour-Garonne dans son plan de gestion des étiages de 2004. Le Sage dont le périmètre avait été arrêté en 2011 (9 000 kms2, quatre départements, trois fois plus que celui de l’estuaire de la Gironde) est porté par l’institution interdépartementale pour l’aménagement du fleuve Charente (EPTB) et sa CLE, créée elle-aussi en 2011. L’état des lieux a été validé en février 2012.  Quatre «priorités» ont été définies : réduire les pollutions diffuses d’origine ou pas agricoles, restaurer la fonctionnalité et la biodiversité des milieux aquatiques, retrouver l’équilibre quantitatif de la ressource en période d’étiage, réduire durablement les risques d’inondations. En mars dernier, lors d’une CLE qui a rassemblé plus de 82 participants était examiné le rapport de diagnostic du SAGE Charente et avaient été débattus les enjeux de ce même SAGE. Ou en est-on aujourd'hui ?

Lire la suite dans notre édition du 20 septembre

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Le chiffre de la semaine
444 M€
444 millions d’euros qui avaient été prélevés sur les paiements directs de la PAC, en prévision de la réserve de crise pour 2018, vont être remboursés aux agriculteurs européens, a annoncé la Commission européenne fin novembre.

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