L'Agriculteur Charentais 02 mai 2013 à 09h37 | Par Bernard Aumailley

Syndicat des producteurs - Faire bouger à la fois la production et l’image du pineau

C’est un vrai bouillon de culture : qu’il y ait moins d’hectares et on parle relance ; qu’il s’agisse d’une légende et vlan il faut moderniser la communication.

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Jean-Marie Baillif, président du syndicat des producteurs, «la pression exercée par les acheteurs de cognac sur les producteurs de pineau est très forte.»
Jean-Marie Baillif, président du syndicat des producteurs, «la pression exercée par les acheteurs de cognac sur les producteurs de pineau est très forte.» - © A-C

La production augmente en 2011-2012 pour atteindre 101 501 hl vol. Cela dépasse les volumes produits depuis 6 ans. Une remontée ? En pleine région uniquement dédiée au cognac ? Si le syndicat des producteurs de pineau tenait son assemblée générale à Archiac, jeudi dernier, ce n’était certainement pas pour se satisfaire de ce seul chiffre. Jean-Marie Baillif, son président, cible la baisse du nombre de producteurs, lente érosion et propose dans le même temps un plan de relance. Son président constate un fléchissement des ventes et il pose sur la table les résultats d’une étude qui taillade dans la communication faite jusqu’à ce jour et appelle à imaginer «mieux et plus jeune.» Que les stocks viennent à diminuer et il avance «l’excellent outil» des réserves de production entre en action.

Nécessaire revalorisation
«Je persiste en disant qu’il est actuellement nécessaire de produire plus car nous avons besoin de volumes pour que les metteurs en marché puissent aller conquérir de nouveaux marchés. La réserve nous permet de rééquilibrer si nécessaire.» Alors autre argument massue qu’il « distille » au cours de cette assemblée générale, celle des coûts de production et des revenus dus au pineau : multiplié par 3,5 en quelques années et concurrentiels de certains achats de cognac. Ça déménage sacrément l’idée préconçue d’une lente décrue, d’un impossible sursaut au vu du contexte économique cognaçais. Une niaque que Philippe Guélin, Jean-Bernard de Larquier, Patrick Raguenaud, le président du Comité partagent. Ce dernier fait lui-aussi le constat de l’érosion mais aussi de la diminution des marges des négociants laminés par la grande distribution. Il mise sur des atouts : professionnalisation des viticulteurs, création de marques pour une meilleure valorisation des négociants, une filière solidaire. «Il faut valoriser ce qui fait la richesse du pineau : son terroir, son histoire, sa qualité.» L’étude présentée par la TNS bouscule cet ordre classant le pineau dans l’offre apéritive dans des rangs secondaires, véhiculant une image désuète, trop attachée à la période estivale. Connu mais pas demandé. On a encore en mémoire l’idée d’un saut en valeur du pineau proposé par Etienne Laporte en 2011. Un pineau plus cher au vu de sa qualité. «Cela passera obligatoirement par le cap de l’innovation et la segmentation de notre offre» assure Jean-Marie Baillif. Cette «nouvelle page de l’histoire du pineau» qu’il propose d’écrire avec les producteurs passe par une proposition de reconquête en hectare supplémentaire des surfaces pineau. 100 ha par an pendant quatre ans. L’accord a été obtenu auprès de l’INAO. La mécanique s’emballe. Il faut que les prétendants à de nouveaux hectares le fassent avant la fin juin. Sébastien Archambaud et Jean-Marie Baillif détaillèrent les critères d’éligibilité à cette mesure où les «opportunistes» devront montrer pattes blanches face aux «anciens producteurs convaincus» et aux jeunes viticulteurs prioritaires.

Le plein de pistes de développement
Ce n’est pas la seule innovation : nouveaux cépages, notamment avec le chauché gris, expérimentation de nouveaux produits (pineau rosé pâle, débuts de fermentation sur les moûts avant mûtage), valorisation de la vente directe sur les vieilles qualités trop bon marché, utilisation du potentiel de terroirs spécifiques comme les îles, même si le cahier des charges de l’appellation ne le permet pas actuellement. «Nous sommes tous convaincus que ce programme va permettre au pineau de se développer, d’améliorer encore sa notoriété, de susciter de nouveaux projets en production et en commercialisation, de segmenter sa mise en marché et de conquérir de nouveaux marchés» ajoute Jean-Marie Baillif. Une dynamique qu’il appelle à être collective. Les hectares supplémentaires pour le pineau doivent correspondre à des marchés futurs. Ceux qu’une communication mieux ciblée plus pertinente pourrait générer.

Le pineau se vendra s’il est produit

Des plus et des moins, il y en a dans les chiffres qu’a présentés la filière pineau lors de cette assemblée générale. Les pineaux rouges accusent un net recul de 14,7 %. Une baisse pour la seconde année consécutive. Les pineaux blancs ont une baisse de 7,5 %. Ils reculent d’autant qu’ils avaient progressé sur la production 2011. Le coefficient de rotation est quelque peu remonté pour retrouver son niveau de 2005-2006 : 3,55. Les sorties s’établissent à 92 279 hl vol. et les besoins sont estimés à 98 867 hl vol. Côté exportation, on note une évolution de 0,9 % en volume sur la Belgique et 4 % en valeur, de 55 % aux Etats-Unis ou de 72 % au Japon (mais il faut relativiser les volumes) et une baisse au Québec et en Allemagne. En 2012, le rendement moyen est de 70 hl (74 hl en 2011). Résultat : 5 000 hl de différence de production. 555 producteurs, «en baisse importante», fabriquent donc les 101 501 hl vol pour des besoins autour de 98 800 hl vol et des stocks à 350 936 hl vol. Stocks quasi stables depuis trois ans, mais 18 % moins élevés que ceux d’il y a dix ans où la production était de 122 041 hl.
Depuis 6 ans, les producteurs individuels ont diminué de 7 %, les producteurs coopérateurs de
22 % alors que ces dernières représentent le quart de la production. Et lorsque cette dernière catégorie décroît de 18 % c’est visible. L’encépagement est constitué de 56 % de cépages rouges pour une mise en marché composée de 70 % de blanc. La production est en équilibre entre teneur en sucre suffisante et rendement suffisant.» Nous ne pourrons jamais vendre ce que nous n’avons pas produit » martèle Jean-Marie Baillif, «depuis 8 ans notre production est significativement plus faible que nos besoins. La diminution des ventes était inéluctable. » En instaurant un observatoire des prix sur le marché du vrac, le syndicat du pineau note une progression. «Une évolution nécessaire, sage et mesurée, pour la rentabilité à la production.»

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