L'Agriculteur Charentais 02 mai 2013 à 10h02 | Par Bernard Aumailley

Visite - Les chats de la belle au bois dormant

Le loufoque écrivain rochefortais s’était entiché du château de son enfance. Réhabilité, haut lieu touristique, il renoue les liens avec son passé littéraire.

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- © B.A.

Ces animaux n’ont pas la parole. Esope ou Walt Disney leur ont donné. Que diraient-ils ? Que raconteraient-ils de leur cohabitation avec les hommes ? Habiter un château n’est que pour eux terre d’aventure, possessions. Les chats de Pierre Loti ont-ils préféré la maison rochefortaise à la grandeur du château du XV ième siècle transformé au XVII ième? «Dans notre pays, tous les gens riches ne sont pas les grossiers brasseurs d'affaires qui abattent pour alimenter des scieries mécaniques ou des usines à papier. A mon appel surgira peut-être quelque acheteur d'élite, digne d'être l'habitant du château enchanté et capable de respecter alentour la vie des grands chênes séculaires.» La petite phrase est l’extrait de l’appel de l’écrivain baroudeur qu’est Pierre Loti pour «sauver» le château de La Roche Courbon. On sait ce qu’il advint. Le château sauvé, faillit s’enliser dans les marais et l’ingénieuse invention des pilotis lui sauva de nouveau la mise. «Je m'en suis allé courir par toute la terre, mais le château fermé et ses chênaies profondes hantaient mon imagination toujours ; entre mes longs voyages, je revenais comme un pèlerin ramené pieusement par le souvenir, me disant chaque fois que rien des lointains pays n'était plus reposant ni plus beau que ce coin si ignoré de notre Saintonge. Le lieu du reste se maintenait immuable : aux mêmes tournants des bois, entre les mêmes rochers, je retrouvais les mêmes graminées fines, les mêmes fleurettes exquises et rares. Rien ne changeait ; seulement les mousses épaississaient leurs velours sur les marches des perrons, les capillaires délicats gagnaient lentement les terrasses.» Son secrétaire, Gaston Mauberger, œuvra sans relâche pour réhabiliter, dégager les pièces, rénover, meubler le château. Avec 35 000 visiteurs l’an, le château prolonge le «souvenir» entretenu de l’écrivain rochefortais, puisque sa Maison est fermée pour rénovation pour une décennie. Christine Sébert-Badois, la petite fille de Paul Chénéreau, mécène et sauveur du château, s’amuse que «le» spécialiste de Loti qu’est le truculent Didier Catineau, incarne le «secrétaire du maître», le temps des visites, poursuivant souvenirs, brassant papiers et documents, cherchant chats d’une pièce à l’autre. On se divertit à le suivre de bas en haut du château, de balcon pour admirer les jardins, de bibliothèque en salon Louis XIII en cuisine saintongeaise. Florence Cabannes, la guide patentée se prête au jeu de ses facéties. «On se disait que ce sommeil du château peut-être durerait longtemps encore, comme il arriva pour celui de la Belle-au-Bois-Dormant. Mais voici que le vieillard invisible vient de mourir, rassasié de jours ; ses héritiers vont vendre le domaine enchanté, et des coupeurs de forêts sont là prêts à acheter pour abattre : songez donc, il y aurait deux cent mille francs de bois réalisables tout de suite, et la terre resterait !» écrivait Loti en 1908. La belle au bois dormant s’est réveillée au milieu des chats de l’académicien. C’est une bien belle manière de fêter le 90 ième anniversaire de la mort de l’auteur de Pêcheurs d’Islande, de Ramuncho ou de Aziyadé. Aujourd’hui, le Château de La Roche Courbon est une petite PME qui fait vivre 8 personnes à l’année. Samedi, une soirée médiévale autour de Loti est proposée.

 

Visites sur réservation de mai à octobre le dimanche à 17 h.
Tél 05 46 95 60 10.

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